Plusieurs manifestations ont ponctué la journée du Dimanche de l’Orthodoxie à Paris. Le matin, la liturgie eucharistique, a été concélébrée par des évêques et prêtres des différentes juridictions présentes en France, sous la présidence du métropolite Emmanuel, avec en outre la participation de Mgr Kallistos (Ware), dans la cathédrale Saint-Etienne. Pour voir des photographies de cet évènement, cliquez ici .
Dans l’après-midi, une table ronde était organisée, à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la naissance au ciel du père Lev Gillet. Elle était intitulée : Le moine de l’Eglise d’Orient : père Lev Gillet. Environ 150 personnes étaient présentes. Des photographies de celle-ci sont en ligne sur cette page .
Photographie : la table ronde à l’Institut Saint-Serge. De gauche à droite : Elisabeth Behr-Sigel, Mgr Kallistos (Ware), Mgr Gabriel de Comane, diacre Nicolas Lossky, dom Emmanuel de Chevetogne, père Michel Evdokimov(photographie prise par A.S.).
Après les mots de bienvenue du père Boris Bobrinskoy et de Mgr Gabriel de Comane, qui a souligné l’aspect « charismatique et prophétique » du père Lev, Mgr Kallistos a évoqué celui qui fut son ami qu’il a rencontré pour la première fois en 1952. Il a parlé de cet « esprit libre, prophétique et kénotique », disant notamment « il détestait le cléricalisme, la pompe ecclésiastique » tout en obéissant aux règles canoniques de l’Eglise. Il a ensuite abordé la vision de l’Eglise de cette personnalité « parfois déconcertante » (un trait signalé par plusieurs intervenants). Il avait une « approche christocentrique du mystère de l’Eglise ». A cet égard, il a mis en relief trois mots fondamentaux : amour, tradition, liberté. Analysant ces termes dans la pensée du père Lev, Mgr Kallistos a noté que les Eglises sont des communautés d’amour et que « sans amour, il n’y a pas d’Eglise ». Parmi les autres observations faites, l’évêque de Diokleia, a précisé sur ce « pèlerin de l’unité » qu’il « appréciait l’authenticité spirituelle partout où il se trouvait tout en évitant tout amalgame syncrétique ». Le « moine de l’Eglise d’Orient » conjuguait « ouverture et fidélité ».
Elisabeth Behr-Sigel, auteur d’une biographie du père Lev (voir cette page), a ensuite rappelé la fondation, en 1928, de la première paroisse francophone, dont elle fut membre, « mère de toutes les paroisses francophone », dont le père Lev fut le recteur. Elle a rappelé la rencontre de ce moine avec de jeunes émigrés russes généreux - dont certains avaient fondé la Confrérie saint Photius - qui avaient mis l’accent sur l’universalité de l’orthodoxie : Paul Evdokimov, Vladimir Lossky, Evgraph et Maxime Kovalevsky, mère Marie (Skobtsov). Elle a aussi abordé le parcours de ce moine catholique, qui avait une «passion de la Russie», jusqu’à l’orthodoxie.
Le père Michel Evdokimov a commencé son intervention en citant un trait d’humour du père Lev : « Un moine qui ne rit jamais, ne m’en parlez pas, ce n’est pas sérieux ! ». Il a rapporté qu’il « vivait dans la présence du Christ » et a évoqué, toujours à son propos, une expérience spirituelle particulièrement intense vécue en Terre sainte. Il a aussi souligné que « toutes les méditations qu’il nous donne sont ouvertes sur une action dans le monde ».
Nicolas Lossky a insisté - outre sur l’amitié, dont il fut le témoin, entre son père, Vladimir, et père Lev, sur deux idées. D’une part, « L’orthodoxie est universelle et non orientale ». D’autre part, il a également dit que le père Lev fut une « incarnation du mouvement œcuménique », qu’il a distingué de «l’œcuménisme», plus un système, voire une idéologie, qu’un mouvement.
Ensuite, Albert Laham a relaté la naissance du Mouvement de la jeunesse orthodoxe au Liban en 1942 qui fut un « retour aux sources de vie chrétienne et orthodoxe » et en complément, « l’orthodoxie doit annoncer la Bonne nouvelle». Il a rapporté la rencontre de trois Libanais en Angleterre, en 1946, avec père Lev, puis a venue à l’invitation du patriarcat orthodoxe d’Antioche, enfin, comment, par son action, père Lev a suscité l’enthousiasme et a œuvré à un puissant renouveau spirituel dans cette Eglise.
Pour terminer, dom Emmanuel, du monastère de Chevetogne (pour accéder au site de celui-ci, cliquez ici), en Belgique, a rapporté combien l’action de père Lev fut importante pour ce monastère.
Dans la soirée, Christos Yannaras, présent à l’Institut Saint-Serge l’après-midi, donnait sa première conférence à Paris dans la paroisse roumaine des Saints Archanges. Le thème était : « Le rôle du peuple, sacerdoce royal, dans l’Eglise ». Le métropolite Joseph y était présent. Christos Yannaras a parlé de l’icône, de sa place dans la foi orthodoxe, en disant que l’hypostase y est représentée. Après avoir distinguée l’hypostase de la nature, il a cité un tropaire qui constitue, pour lui, la meilleure explication de ce qu’elle est : « Mon origine et mon hypostase, c’est Ta Parole qui m’invite à exister ». C’est ce qui change totalement notre « mode d’existence ». C’est ce à quoi nous sommes appelés. Parmi les autres réflexions, il a attiré l’attention de l’auditoire sur les termes qui désignent les membres de la Trinité : Père, Fils, Saint-Esprit, en observant que ce sont des mots qui désignent des relations : le Père par rapport au Fils (c’est aussi l’Esprit du Père), comme le Fils vis-à-vis du Père. Plusieurs questions lui furent ensuite posées. L’une d’entre elles l’a amené à dire qu’il avait connu, pour la première fois, une authentique vie paroissiale à Paris, lors de ses études universitaires, à la Crypte de la rue Daru (paroisse de la Très SainteTrinité) et à la paroisse Notre-Dame joie des affligés et sainte Geneviève.
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