Ce
que les deux ouvrages précédents ne mettent pas suffisamment en valeur, à
savoir la nature de la vie spirituelle qui anime les habitants de l’Athos, l’Archimandrite
Placide Deseille, higoumène du monastère Saint-Antoine-le-Grand, dans le
Vercors — qui est précisément un métochion (dépendance) du monastère
athonite de Simonos-Pétra — vient opportunément le présenter dans un livre
intitulé La spiritualité
orthodoxe et la Philocalie (2e édition, Paris, Albin Michel,
2003, 280 p., collection « Spiritualités vivantes »).
Dans la première partie de
cette étude,l’auteur fait l’historique de la spiritualité hésychaste (donnant à
ce qualificatif un sens large), en consacrant, dans un premier chapitre,une brève
notice à chacun de ses principaux représentants, et en accordant, dans un deuxième
chapitre une attention particulière à saint Païssy Velitchkovsky (qui après
avoir quitté l’Athos, répandit cette spiritualité en Moldavie puis dans le sud
de la Russie) et aux mouvements des collyvades (dont les principaux représentants,
saint Nicodème l’Hagiorite et saint Macaire de Corinthe, qui composèrent la Philocalie,
répandirent cette même spiritualité dans le monde grec et furent les auteurs
d’un renouveau spirituel considérable fondé sur un retour à la tradition des Pères).
Dans
la deuxième partie, l’auteur présente les principaux thèmes de la spiritualité
hésychaste en illustrant son propos de substantielles citations patristiques.
Un premier chapitre est consacré à la divinisation du chrétien (but ultime de
la vie spirituelle auquel celle-ci est tout entière ordonnée) et un deuxième
chapitre à la voie hésychaste (en particulier à la vie ascétique, à la prière
et à ses conditions). Une troisième partie présente un panorama de l’influence
de la spiritualité philocalique en Grèce, en Russie, en Roumanie et en
Occident. Cet ouvrage d’initiation, qui est destiné à un large public et est écrit
avec beaucoup de compétence, de simplicité et de clarté, constitue une aide précieuse
pour ceux qui souhaitent approcher la spiritualité orthodoxe en la situant dans
sa longue tradition.
Le Père Païssios,
moine du Mont-Athos (1924-1994) fut l’un des plus grands spirituels
athonites de ce siècle. Dans son ermitage de Kapsala, puis de Panagouda près de
Karyès, il fut pendant près de trente ans, pour des dizaines de milliers de pèlerins,
une source de conseils inspirés, d’édification et de consolation. Ceux qui ont
eu la grâce de l’approcher n’oublieront jamais son attitude empreinte de la
plus haute humilité, ni son visage lumineux, rayonnant d’amour non seulement
pour tout homme, mais pour toute créature.
Les moniales de la communauté qu’il a fondée et
soutenue à Souroti, près de Thessalonique, s’attachent depuis plusieurs années à
traduire et à diffuser ses œuvres. Celles qui ont déjà paru en traduction française
(et que l’on peut se procurer, en France, dans les monastères orthodoxes) ont
surtout pour but de faire connaître de grands spirituels dont le souvenir, sans
ces écrits, se serait progressivement perdu. Après un livre consacré au grand
ascète athonite Georges (Le vénérable Georges [Hadji-Georgis], moine du
Mont-Athos, 1809-1886, Souroti, 1996) et un autre dédié au père spirituel
de l’auteur, le Père Arsène le Cappadocien, canonisé en 1986 (Saint-Arsène
de Cappadoce, Souroti, 1996), les sœurs du monastère Saint-Jean-le-Théologien
offrent aux lecteurs de langue française un recueil composé en 1980 où le Père
Païssios relate la vie, les actes et les paroles de moines athonites
remarquables qu’il a connus et dont certains étaient encore en vie dans les années
soixante-dix (Fleurs du Jardin de la Mère de Dieu, Souroti, 1998, 213 p.).
Ces courts récits, d’une grande simplicité et d’une étonnante fraîcheur,
plongent immédiatement le lecteur dans l’atmosphère des Vies et des Apophtegmes
des Pères du désert. Ils font apparaître que, des origines jusqu’à nos jours,
dans la fidélité à la même foi, le même esprit et la même vie se sont transmis,
témoignant que la sainteté des Anciens n’est pas une réalité passée ni un idéal
désormais inaccessible, mais une expérience toujours actuelle que manifestent
de manière éclatante ceux qui ont totalement consacré leur vie au Christ et ont
porté en eux l’Esprit qu’ils ont reçu de Lui.
Jean-Claude Larchet