Recension : Le monde des icônes (I)
Léonide Ouspensky, La
Théologie de l’icône, Paris Éditions du Cerf, 2e édition, 2003,
530 pages (« Patrimoines - Orthodoxie »).
L’iconologie
était jusque-là envisagée soit d’un point de vue purement historique, soit d’un
point de vue purement esthétique, et dans les deux cas, malgré une prétention
de neutralité scientifique ou philosophique, elle n’évitait pas les dérives
consistant souvent dans le premier cas dans une complaisance (aujourd’hui très
à la mode) envers l’iconoclasme et dans le second cas dans une confusion de
l’icône avec un objet d’art. Léonide Ouspensky a été au XXe siècle
le fondateur d’une iconologie qui a su redonner à l’icône son véritable sens en
la resituant dans son véritable contexte, celui de la Tradition orthodoxe, et
par rapport à ses véritables fondements, dogmatiques et ecclésiaux.
Après
un premier chapitre qui souligne que l’icône est née dans l’Église et se fonde
sur l’Incarnation, l’auteur étudie le devenir de l’icône au long des siècles
jusqu’à notre époque, en insistant fortement sur les périodes de crises qui ont
finalement eu pour avantage de permettre à l’Église d’expliciter de plus en
plus les fondements dogmatiques de l’icône : lors des deux périodes
d’iconoclasme (VIIIe-IXe s.), au moment de la controverse
hésychaste (XIVe s.), lors des conciles de Moscou (XVIe
s.). Tout cela permet progressivement au lecteur de prendre conscience de la
signification dogmatique, ecclésiale et cultuelle de l’icône et l’aide à
distinguer une icône orthodoxe d’une œuvre d’art à motif religieux (le livre
présente, à cet égard quelques illustrations caractéristiques) ou d’une
représentation qui est iconographique dans sa forme mais dont le contenu n’est
pas orthodoxe (par exemple les représentations du Père, ou les icônes de la
« Sainte Famille » qui fleurissent aujourd’hui dans le monde
catholique).
Un
dernier chapitre intitulé « De l’unité », qui ne figurait pas dans
l’édition précédente et qui est l’ultime œuvre écrite de l’auteur, dénonce la
confusion qui est faite aujourd’hui entre religion chrétienne et Église, et les
confusions qui en résultent au niveau de l’iconographie.
De
nombreuses reproductions viennent, tout au long du livre, illustrer le propos
de l’auteur.
Ce
livre est indispensable à tous ceux qui veulent pénétrer dans le monde des
icônes et en comprendre la signification profonde : non seulement ceux
qui, étrangers à l’Église orthodoxe, sont de plus en plus nombreux à
s’intéresser à l’icône, mais encore les orthodoxes eux-mêmes qui, à la suite
d’une influence massive de l’art occidental dans l’iconographie de leurs
églises à partir du XVIIIe siècle, ont souvent perdu le sens de ce
qu’est une icône dont le contenu et la facture sont conformes à la Tradition.

























