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mer. 30 nov. 2005

Recension : Écrits apocryphes chrétiens

Apocryph1 Écrits apocryphes chrétiens. Tome I. Édition publiée sous la direction de François Bovon et Pierre Geoltrain, index établis par Server J. Voicu, Éditions Gallimard, Paris, 1997, 1782 p. (Bibliothèque de la Pléiade). Tome II. Édition publiée sous la direction de Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli, index établis par Jean-Michel Roessli et Server J. Voicu, Éditions Gallimard, Paris, 2005, 2156 p. (Bibliothèque de la Pléiade)

Avec ces deux forts volumes qui totalisent près de 4000 pages, les éditions Gallimard présentent la plus vaste collection d’Apocryphes en traduction française qui ait été jusqu’a présent publiée. La plupart de ces textes existaient dans des éditions scientifiques peu accessible au grand public ou n’avaient pas encore été traduits. Cette publication, qui prend place dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade est donc un événement.

Le premier volume contient trente-trois écrits apocryphes chrétiens, plus divers fragments évangéliques. Ces fragments ainsi que l’Évangile de Pierre, l’Épître des apôtres ou l’Ascension d’Isaïe font partie des documents les plus anciens du christianisme et datent de la première moitié du iie siècle. La plupart des autres, tels l’Évangile de Thomas, le Protoévangile de Jacques, les Odes de Salomon, l’Apocalypse de Paul ou les Actes d’André, appartiennent à la seconde moitié du iie siècle. Certains autres, comme les Questions de Barthélemy ou les Actes de Philippe sont plus difficiles à dater. Des documents plus tardifs ont été également retenus par les éditeurs, les uns (comme l’Évangile de l’enfance du Pseudo-Matthieu ou le Livre de la nativité de Marie ) parce qu’ils reprennent des documents anciens perdus ou amputés, d’autres (comme l’Histoire de l’enfance de Jésus ou la Vie de Jésus en arabe) parce qu’ils prolongent un récit antérieur, d’autres enfin (telles la Dormition de Marie du Pseudo-Jean ou la Légende de Simon et Théonoé ) parce qu’ils constituent des créations originales sur la base de modèles connus.

 

Le second volume regroupe des textes qui ne font pas partie du groupe classique des Apocryphes du Nouveau testament et qui sont en conséquence beaucoup moins connus, d’autant que certains sont apparus et ont été diffusés dans des aires religieuses et linguistiques autres que le monde byzantin et l’Occident latin : on trouvera ainsi des apocryphes coptes, arabes, éthiopiens ou arméniens (l’Histoire de Joseph le charpentier, l’Homélie sur la vie de Jésus et son amour pour les apôtres, le Livre du coq, les Combats des apôtres, le Dialogue du paralytique avec le Christ, le Martyre de Thaddée). Ce second volume a également la particularité d’inclure des compositions médiévales tardives comme la Mort de Pilate ou la Lettre de Lentulus. Comme dans le premier volume, les textes ont été regroupés d’une part en fonction des personnages qui en sont les héros (Jésus, Marie, diverses figures évangéliques, les apôtres), d’autre part en fonction des genres littéraires (Visions et révélations, Lettres, Roman pseudo-clémentin). Ce dernier groupe de textes qui comprend d’une part les Homélies pseudo-clémentines (recension grecque) et les d’autre part les Reconnaissances (recension latine) occupe à lui seul près de 800 pages.

 

La littérature apocryphe est généralement définie de façon négative comme ce qui n’a pas été admis par l’Église dans le canon de ses Écritures.

Il faut cependant noter que le canon s’est établi progressivement, non sans de multiples débats.

Si certains des textes publiés ici comportent des éléments visiblement fantaisistes ou portent la marque d’hérésies des premiers siècles qu’ils visaient parfois à justifier, d’autres, dans les premiers temps du christianisme, étaient utilisés officiellement dans certaines communautés. Ces derniers étaient volontiers cités par des Pères comme Justin, Clément d’Alexandrie ou Origène dont les œuvres nous en ont conservé des fragments, et le canon de Muratori (vers 200) inclut dans sa liste des textes canoniques l’Apocalypse de Pierre qui était encore lue à la fin du ve siècle dans certaines églises de Palestine le jour du vendredi saint. Inversement, certains écrits reçus aujourd’hui comme canoniques ont vu leur autorité longtemps discutée : par exemple, au début du ive siècle, Eusèbe de Césarée range parmi les écrits encore controversés les épîtres de Jacques et de Jude, la deuxième épître de Pierre, les deuxième et troisième épîtres de Jean et l’Apocalypse de Jean. Après que le canon eut été définitivement fixé, et que les écrits eussent été clairement répartis en trois catégories : les écrits canoniques, faisant l’objet d’un respect sacré, les écrits non canoniques tolérés, les écrits non canoniques rejetés comme impies, les églises d’Orient ont continué à faire de ceux de la deuxième catégorie un usage liturgique, iconographique et hagiographique. Ainsi le Protoévangile de Jacques et la Dormition de Marie du Pseudo-Jean, ont été largement utilisés pour la composition des textes liturgiques des fêtes de la Mère de Dieu et pour les représentations des scènes de son enfance (que l’on songe par exemple au magnifique cycle de fresques de l’église de Christ-in-Chora à Constantinople).

En tout état de cause, c’est avec discernement que ces textes doivent être abordés par un chrétien et en tout cas avec un esprit différent de celui qui préside à la lecture des saintes Écritures.

L’équipe réunie par F. Bovon, P. Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli pour réaliser cette excellente édition est constituée de bons spécialistes. Beaucoup d’entre eux avaient auparavant établi l’édition critique de ces textes dont quelques-uns seulement avaient été traduits dans des éditions séparées. L’introduction du premier volume, bien documentée, due à F. Bovon et à P. Geoltrain, présente l’ensemble en s’interrogeant surtout sur la signification du qualificatif d’ « aprocryphe » et sur le destin et l’influence de ces documents. L’introduction du second volume, due à P. Geoltrain (récemment décédé) et Jean-Daniel Kaestli est nettement plus courte et se borne à présenter les particularités de ce deuxième tome. Dans les deux volumes, chaque texte est précédé d’une introduction spécifique qui informe le lecteur sur ses origines, son contenu et sa réception au cours des siècles, ainsi que sur le texte de référence et la bibliographie. Des index détaillés facilitent la consultation de ces volumineux recueils.

 

Jean-Claude Larchet

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