Mgr Athanase Jevtitch, Études hésychastes, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1995, 189 pages.
Sous ce titre sont réunis plusieurs articles et conférences du grand théologien orthodoxe serbe qui ont comme point commun de souligner l’ancrage de la théologie patristique dans l’expérience spirituelle du Dieu trinitaire en Sa réalité personnelle.
La première étude montre que la tradition hésychaste conçoit la connaissance de Dieu comme le résultat d’une expérience intime de communion avec Dieu, dont la praxis ascétique et singulièrement l’amour sont les fondements indispensables.
La deuxième étude met en évidence la nature profondément personnaliste de la théologie de saint Grégoire Palamas. La distinction que celle-ci établit entre l’essence et les énergies divines repose elle-même sur le caractère tripersonnel du Dieu biblique vivant et vrai qui a été révélé dans la personne du Christ, et qui, avant cela, S’est présenté à Moïse non pas comme un Être abstrait, mais comme Celui qui est. Les énergies de la nature divine sont conçues dans la théologie palamite comme appartenant en commun aux trois Personnes, lesquelles Se manifestent et opèrent par elles.
La troisième étude évoque la rencontre de la scolastique et de l’hésychasme dans l’œuvre du théologien byzantin Nil Cabasilas (XIVe siècle), et montre que la pensée de ce demier ne se rattache pas à celle de Barlaam le Calabrais, comme le prétendent quelques historiens (en particulier G. Schiro), mais au courant hésychaste qui se distingue du courant humaniste byzantin en ce qu’il fonde la connaissance de Dieu sur l’expérience de l’union à Lui.
Une quatrième étude souligne le caractère foncièrement personnaliste de la triadologie des Pères cappadociens, et montre, sur la base de celle-ci, que le monothéisme chrétien ne se fonde pas sur l’unique essence divine ni sur ce qui serait un Dieu en général (ou « la Divinité »), mais sur la monarchie de Dieu le Père. Le Père ne procède pas de la Divinité, ni de son essence, mais Il est Lui-même le principe personnel de la Divinité. La Trinité est un Dieu unique parce que la Personne du Père unit les deux autres Personnes — le Fils et l’Esprit. Et c’est l’hypostase du Père qui est le principe et la source de l’hypostase du Fils et de l’hypostase de l’Esprit. L’auteur met en évidence l’ancrage liturgique et doxologique de cette théologie, particulièrement net chez saint Basile de Césarée.
Jean-Claude Larchet


