Grégoire de Tours, Histoire
des Francs. Traduit du latin par Robert Latouche, Les Belles Lettres,
Paris, 1999, 680 p.
Si
saint Grégoire, évêque de Tours de 573 à 594, n’avait pas écrit son Histoire des Francs, nous ne saurions
quasiment rien de la période de l’histoire de France qui s’étend de l’avènement
des Mérovingiens, au cours du ve
siècle, jusqu’à la mort de l’historien, à la fin du vie siècle. L’Histoire
des Francs est une chronique non seulement politique, mais religieuse.
Grégoire prévient le lecteur, dès le début de son livre, que son histoire n’est
pas seulement celle des combats des rois avec les nations adverses, mais encore
celle des luttes des martyrs avec les païens et celle des controverses des
Églises avec les hérétiques.
Il juge nécessaire de situer l’histoire de la
période à laquelle il s’intéresse dans la continuité de l’histoire de toute
l’humanité, raison pour laquelle le Livre 1 résume l’histoire du monde depuis
sa création jusqu’au ve
siècle avec, on l’imagine, quelques raccourcis et transitions assez
surprenants. L’historiographie telle que la conçoit Grégoire relève d’une
interprétation religieuse des événements et des acteurs de l’histoire.
L’ouvrage commence de manière significative par une profession de foi par laquelle
l’auteur tient à attester de son orthodoxie. Les rois sont jugés en fonction de
leur foi et de leurs vertus ; ce sont elles qui décident de la valeur et du
destin de leur politique. Les miracles sont omniprésents, à tel point qu’un
critique a noté que « Grégoire ne connaît rien de plus naturel que le
surnaturel ! »
L’un
des intérêts majeurs de ce livre est l’évocation, à côté des figures des rois
et des princes, des évêques et des grands spirituels de ce temps. L’Histoire des Francs est ainsi, pour la connaissance
des saints orthodoxes de France, le complément indispensable d’un autre
ouvrage, spécifiquement hagiographique, du même auteur : la Vie des Pères (édition de Pierre
Pasquier, ŒIL-YMCA/PRESS, 1985).
Jean-Claude Larchet

