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mar. 14 mars 2006

Interview de Mgr Jovan (Vraniskovski)

Après 8 mois passés dans la prison d'Idrizovo en Macédoine, Mgr l'archevêque Jovan (Vraniskovski), est sorti de prison à la suite d’une décision de la Cour suprême de Macédoine. Il se trouve actuellement dans le monastère de Nižepole (près de Bitola) qui est l'Eglise cathédrale de son Archevêché. Nous vous invitons à lire une partie de l’interview qu'il a accordée juste après sa libération :

Comment vous vous êtes senti ce matin en quittant votre cellule et en sortant de la prison ?
- La liberté est la liberté, mais l'homme peut aussi être libre en prison. La liberté est aussi un état spirituel et pas seulement physique. Je suis heureux de voir que la justice, d'une certaine manière est satisfaite. 

Quelles étaient les conditions de vie en prison ?
- Les conditions dans la prison d'Idrizovo se sont améliorées comme dans bien d'autres pays qui souhaitent entrer dans l'Union Européenne. L'essentiel est de ne pas avoir de bastonnade. La plus grande torture était de ne pas pouvoir communiquer normalement avec le monde. 

Savez-vous pourquoi il ne vous a pas été permis de porter la soutane pendant les huit mois passé en prison ?
- Je ne sais pas ! D'après la loi d'exécution des sanctions, ce n'est pas interdit. Sinon, je ne portais pas des vêtements de prisonnier, mais mes propres habits privés. Aussi, je ne sais pas pourquoi je ne pouvais pas porter ma soutane qui est mon habit privé.

Quel habit portiez-vous dans la prison ?
- Je portais des pantalons noirs et un pull noir. 

Des rumeurs disaient qu'ils vous ont rasé la barbe
- Dieu merci, ils n'ont pas fait ça. 

Qui a pu vous rendre visite ?
- Jusqu'au décès de mon père, c'était lui, ma mère et ma sœur. Quant à mon beau-frère, qui les accompagnait jusqu'à la prison, ils ne lui ont jamais permis de me rendre visite. 

Comment vous passiez le temps dans la prison, quelles furent vos occupations ?
- L'homme qui est consacré à Dieu a toujours l'occupation. Mon occupation est la prière parce que l'intelligence ne doit jamais être oisive mais active. J'ai beaucoup lu et j'ai échangé des expériences avec d'autres prisonniers, écoutant leurs confessions… Les criminels sont, d'une certaine manière, des gens intéressants, parce leur vie est riche en événements. Je pense que mon temps en prison n'a pas été vain.

Quel a été le regard des autres prisonniers sur vous ?
-Au début, ils étaient réservés parce qu'il y avait un grand lynchage médiatique contre moi. Ils avaient peur de certaines conséquences pour eux si les gardiens de prison les voyaient en ma compagnie, parce que j'étais dans la disgrâce politique. Plus tard, quand ils ont compris qu'ils pouvaient trouver en moi un ami sincère, ils se sont approchés. Et vraiment je suis heureux d'avoir pu faire la connaissance de certains d'entre eux.

Vous attendiez vous à la diminution de la peine à huit mois ?
- Je croyais à ça parce que cette possibilité avait été annoncée par la Cour suprême déjà au début de mois de septembre. A cette époque, ma plainte a été acceptée en partie, quant à la peine, elle a été modifiée, deux points sur trois de l'accusation ont été éliminés et il restait seulement le point lié au calendrier religieux. Le pire était que juste après, contrairement au code pénal, ils ont relié tout cela avec la peine conditionnelle d'un an arrivant ainsi à une peine de deux ans et quatre mois. Cela est passé devant le tribunal de première instance et aussi devant la cour d'appel arrivant finalement jusqu'à la Cour suprême. Cette dernière a estimé que la « provocation à la haine religieuse et raciale » correspond à une peine de huit mois d'emprisonnement.

Considérez-vous que l'Etat de Serbie et l'Eglise orthodoxe serbe ont fait de leur mieux pour que vous soyez en liberté ?
- On reconnaît les amis et les frères dans la peine et les difficultés. Dans ces moments difficiles l'Eglise serbe s'est montré comme une vraie famille et pour cela je remercie l'Eglise pour tout ce qu'elle a fait pour que je sois libéré. Je sais bien que et l'Eglise et l'Etat de Serbie ont fait tout ce qu'ils pouvaient et je sais que partout a été annoncé que mes droits d'homme ont été violés. Je remercie également toutes les personnes de bonne volonté en Serbie, en Grèce, en Russie et dans toute l'Europe qui ont alarmé le monde entier.

Vous laissera-t-on maintenant exercer librement votre mission ?
- Tant qu'on ne change pas la loi concernant les communautés religieuses[1] , il y aura probablement certains obstacles pour mon service, soit ouverts, soit cachés. Le pire est passé et il est sûr que l’on ne va pas s'arrêter ici. Nous allons tâcher d’agir pour que cette loi soit changée afin que nous puissions enregistrer notre Eglise devant le pouvoir.


[1] L'Archevêché autonome d'Ohrid n'est pas enregistré devant le pouvoir macédonien en tant que communauté religieuse, parce que d'après la loi de culte, on ne peut pas avoir plusieurs communautés religieuses pour la même religion.

Source : Egliseorthodoxeserbe.org

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