Le quotidien libanais d’expression française, L’Orient-Le jour a publié une réflexion, que nous reproduisons ci-dessous, du patriarche d’Antioche, Ignace IV, sur les récents propos du pape concernant, entre autres, l’islam.
« C’est
avec une profonde inquiétude que nous avons suivi vos déclarations et les
violentes réactions qui s’en suivirent tout au long de ces derniers jours. Nous
aimerions porter à la connaissance de Votre Sainteté certains points essentiels
auxquels croient les chrétiens d’Orient et qui font partie de leur vie
quotidienne. En effet, en ce qui concerne le christianisme et l’islam, les
chrétiens d’Orient en ont, plus que quiconque, une connaissance approfondie
surtout que, depuis le début du message islamique jusqu’à nos jours, ils vivent
en commun accord avec et en harmonie avec les musulmans.
Nous
avons pu entretenir les meilleures relations dans une ambiance de respect
mutuel des croyances et des cultes religieux, et de la reconnaissance de la
liberté de chacun de vivre selon les enseignements de sa religion et les règles
de sa doctrine. Nous sommes convaincus que la relation entre christianisme et
islam a essentiellement pris naissance dans cette partie du monde, en cette
terre des religions révélées. Feu le pape Jean-Paul II avait, comme vous le
savez, hautement loué cette coexistence islamo-chrétienne qu’il avait lui-même
observée de près lors de sa visite historique à la Syrie. D’ailleurs, cette
visite constitue aujourd’hui une partie de l’histoire du Vatican et un épisode
de l’évolution qu’avait voulu réaliser sa sainteté. Sans vouloir entrer dans
les détails des relations islamo-chrétiennes, relations consacrant la
coexistence et le respect mutuel, et sans vouloir rappeler que l’une des plus
longues sourates du saint Coran est celle qui parle du christianisme avec un
grand respect, nous voudrions cependant signaler que tout discours sur la
religion, qui l’envisagerait comme sujet de recherche académique, s’adapte mal
à la vérité fondamentale que la religion est avant tout une doctrine et une foi
que pratiquent les fidèles. Ceux-ci ont tout le droit d’exercer leurs cultes
religieux comme ils le veulent. Le temps n’est pas aux interprétations qui
considèrent que la religion est autant une question intellectuelle qu’une
question doctrinale. Cette manière d’aborder la religion pouvant porter
atteinte à ses principes et à ses doctrines, nous souhaitons que vous apportiez
votre contribution à retirer l’essence des religions de la table des dialogues
et des interprétations et des citations dépassées, et à aborder ces principes
doctrinaires d’un point de vue contemporain et non médiéval.
Nous
voudrions de même confirmer que la religion n’est pas un sujet de luxe
intellectuel et philosophique, mais qu’elle est au service d’une coexistence
faite dans l’amour et en concordance avec les croyances et les cultes. C’est ce
qui distingue cet Orient dans lequel nous vivons depuis le temps des messages
divins jusqu’à nos jours. »

