Au sein de l’orthodoxie d’Ukraine le débat sur la
nécessité de fonder une Eglise locale n’est jamais retombé durant toutes les
années qui se sont écoulées depuis l’établissement de l’indépendance. Dans ces
débats on trouve des arguments de poids tant en faveur de l’indépendance
complète de l’Eglise canonique d’Ukraine, qu’en faveur du maintien de l’unité
avec le Patriarcat de Moscou. Ce faisant les participants au débat semble
accorder un sens différent à la notion de « localité ».
Le primat de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, sa béatitude
le métropolite Vladimir, a dit un jour dans une interview que l’Eglise locale
en Ukraine existait déjà et qu’il s’agissait de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine
(EOU). D’autres, cependant, refusent de reconnaître comme Eglise locale une
Eglise qui reste canoniquement dépendante du Patriarcat de Moscou, même si elle
jouit d’une large autonomie. Cette question peut et doit être débattue, mais
souvent dans ce genre de débat on oublie ce qui, à mes yeux, est le plus
important.
L’Eglise locale est l’un des principes fondamentaux de
l’organisation de l’Eglise orthodoxe, et il ne saurait être rejeté ou modifié
sans que soit altérée la nature même de l’Eglise. Le père Alexandre Schmemann
commente ce principe de la manière suivante : « Le caractère locale
de l’Eglise signifie qu’en un lieu, c’est-à-dire sur un territoire, il ne peut
y avoir qu’une Eglise, autrement dit qu’une seule organisation ecclésiale, ce qui
se traduit par l’unicité de la hiérarchie. » C’est pourquoi, d’ailleurs,
le métropolite Vladimir a parfaitement raison en parlant d’Eglise locale à
propos de l’EOU. La coexistence sur un seul territoire de plusieurs Eglises
parallèles est un problème toujours irrésolu de l’orthodoxie en Occident.
Outre celui de l’Eglise locale, il est un autre principe
fondamental, qui détermine l’être de l’Eglise depuis les débuts de son
existence. L’Eglise n’est pas une organisation sociale ou une institution, mais
le Corps du Christ. C’est la communion au même et unique Corps du Christ qui
fait de ceux qui croient en Jésus Christ des membres de l’Eglise. Et c’est,
inversement, parce que ces gens sont membres de l’Eglise qu’ils peuvent se
réunir ensemble en vue de l’eucharistie. La compréhension de l’essence de
l’Eglise comme Corps du Christ est au fondement de ce qu’on appelle « l’ecclésiologie
eucharistique », qui est présente dans l’Eglise depuis les temps
apostoliques (parce qu’il n’y a jamais eu de période dans l’Eglise où n’a pas
été célébrée l’eucharistie), et qui a été « redécouverte » par un
éminent théologie et canoniste du XX siècle, le protopsresbytre Nicolas
Afanasieff. Selon cette ecclésiologie, chaque réunion eucharistique,
c’est-à-dire chaque divine liturgie, est la manifestation du Corps du Christ
tout entier et non d’une partie de celui-ci, parce que le Corps du Christ n’est
pas divisible.
C’est pour cela qu’à mon avis, tous les débats au sujet
de l’Eglise locale resteront stériles, parce que ce qui importe dans l’Eglise
n’est pas l’organisation extérieure, mais la réalité intérieure. Les forces
dépensées dans les débats sur l’organisation extérieure, seraient mieux
employées à rendre à l’eucharistie une place centrale dans la vie de chaque
croyant et de chaque communauté ecclésiale, à renoncer à la pratique du baptême
ou du mariage sans préparation préalable, à faire des paroisses des communautés
soudées. C’est après, que l’Eglise, rendue forte intérieurement, saura
déterminer aussi son organisation extérieure.
Source : Pravoslavie
v Oukraine (site de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine - Patriarcat de Moscou)

