Joris van Ael, Le récit de la Passion en 16 icônes. Préface de Dom André Louf, Éditions Fidélité, Namur, 2007, 118 p., 30 illustrations en couleur.
Joris van Ael, « iconographe professionnel » selon sa biographie, vit et travaille à Namur. Fils d’un professeur de l’Académie royale d’Anvers féru d’art religieux, formé lui-même à l’art de l’icône par Bernard Frinking, il accompagne des stages d’iconographie depuis 1997 et a réalisé des commandes pour divers lieux de culte catholiques et orthodoxes.
Ce livre nous offre la reproduction, accompagnée de commentaires, de 16 icônes représentant des scènes de la Passion du Christ, qui ont été réalisées pour l’église Saint-Antoine de Brasschaat.
Comme le rappelle l’auteur, une telle représentation est peu fréquente dans l’Église orthodoxe, et se rencontre généralement sous forme de fresques, dans le cadre d’un « programme » présentant les scènes de la vie du Christ (on en trouve plusieurs exemples au Mont-Athos). Sous forme d’icônes cependant, elle n’est pas exceptionnelle : le cas le plus connu est celui des tablettes à double face de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod (XVIe siècle) qui ont fait l’objet d’une publication de V. N. Lazarev (éd. Iskustvo, Moscou, 1977).
Il faut se garder de confondre ces scènes avec celles des « stations » du « Chemin de croix » catholique. Ce dernier correspond à une dévotion créée entre le XIVe et le XVIIe siècle par les franciscains. Ceux-ci prirent d’abord l’initiative d’inviter les fidèles qui venaient en pèlerinage à Jérusalem à participer à la Passion de Jésus en allant, en une procession marquée d’arrêts, du tribunal de Pilate jusqu’au Calvaire ; puis à partir du XVe siècle, ils firent à l’intention de ceux qui ne pouvaient se déplacer jusqu’à Jérusalem des représentations des événements commémorés à ces stations en les accompagnant de méditations sur les souffrances du Christ. Ils diffusèrent ensuite cette dévotion (comme ils le firent pour la crèche de la Nativité). Le nombre des stations varia jusqu’à la fin du XVIIe siècle, où il fut fixé à quatorze. La forme définitive du Chemin de croix fut approuvée par les papes Clément XII et Benoît XIV. Ces stations sont les suivantes : 1) Jésus est condamné à mort ; 2) Jésus est chargé de sa croix ; 3) Jésus tombe pour la première fois ; 4) Jésus rencontre Marie, sa Mère ; 5) Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix. ; 6) Véronique essuie le visage de Jésus ; 7) Jésus tombe pour la deuxième fois ; 8) Jésus réconforte les femmes de Jérusalem ; 9) Jésus tombe pour la troisième fois ; 10) Jésus est dépouillé de ses vêtements ; 11) Jésus est attaché à la croix ; 12) Jésus meurt sur la croix ; 13) Jésus est déposé de la croix ; 14) Jésus est mis au tombeau. On peut constater que plusieurs de ces scènes ne figurent pas dans les Évangiles : les trois chutes de Jésus ; la rencontre de Jésus avec sa Mère ; Véronique essuyant le visage de Jésus.
Les fresques ou les icônes du « cycle de la Passion » représentées dans les églises orthodoxes ne retiennent que les scènes attestées par les Évangiles, mais les « programmes » iconographiques, dont la forme n’est pas fixée a priori, ne les comportent pas forcément toutes.
Les icônes figurant dans ce livre représentent les évènements suivants :
1) La dernière cène ; 2) Le lavement des pieds ; 3) Jésus au jardin de Gethsémani ; 4) La trahison par Judas et l’arrestation ; 5) Le reniement de Pierre ; 6) Le jugement de Caïphe ; 7) Le jugement de Pilate ; 8) La dérision ; 9) Jésus porte sa croix ; 10) ; Jésus est aidé par Simon de Cyrène pour porter la croix ; 11) La préparation de la croix ; 12) Jésus monte sur la croix ; 14) Jésus est crucifié ; 15) Jésus est descendu de la croix 16) Jésus est déposé au tombeau.
L’ouvrage s’ouvre sur une Préface de Dom André Louf dont l’originalité est de présenter la théologie de l’icône de la Croix que l’on trouve au chapitre XI de la 2e série des Discours de saint Isaac le Syrien (que Dom Louf a récemment traduite en français).
Joris van Ael présente ensuite le cycle d’icônes qu’il a peint en soulignant que leur thème commun est la victoire du Christ, par son amour, sur la souffrance et la mort. Cette victoire se remarque dans l’impassibilité spirituelle du Christ, sa sérénité et sa paix, face aux épreuves que rend bien l’iconographie byzantine, tandis que l’art religieux de l’Église latine s’est orienté, depuis la Renaissance, vers une représentation doloriste et émotive à dominante humaniste.
L’auteur présente ensuite brièvement toutes les icônes en les situant dans l’histoire de l’iconographie.
Viennent enfin les chapitres où les icônes sont reproduites en grand format, chacune d’elles étant accompagnée : 1) du passage des Évangiles sur lequel elle se fonde ; 2) d’une méditation personnelle en forme de poème ; 3) d’une prière composée par l’auteur.
Ces méditations et ces prières ont une forte tonalité catholique : l’auteur y a manifestement pris comme modèle celles que les prêtres catholiques proposent à leurs fidèles lors de la cérémonie du Chemin de croix le Vendredi saint.
Mais les icônes elles-mêmes sont toutes de très belle facture et correspondent parfaitement aux critères traditionnels de l’iconographie orthodoxe. Pour cette raison surtout, et en raison de la relative rareté de telles icônes, cet ouvrage est d’un grand intérêt.
On pourra voir d’autres icônes de Joris van Ael sur son site Internet.
Jean-Claude Larchet

