Un article de l’hebdomadaire Le Point, publié en mars dernier, évoque la situation dramatique de la communauté orthodoxe d’Istanbul. Voici quelques extraits :
« Les
tracasseries auxquelles est confronté le lycée grec orthodoxe du Phanar
illustrent bien la précarité de la minorité chrétienne d'Istanbul. »
« Le
message tracé sur le mur d'enceinte sonne comme une mise en garde : « Vous
ne diviserez pas la nation turque ! » Pour toute signature, les trois
croissants de lune, symbole du Parti d'action nationaliste (MHP), situé à
l'extrême droite. Cette menace a été fraîchement peinte sur le lycée grec
orthodoxe du Phanar, à Istanbul. Située dans le vieux quartier grec, sur une
rive escarpée de la Corne d'or, à deux pas du Patriarcat orthodoxe, cette école
vit des heures critiques. Fondée en 1454, un an après la prise de
Constantinople par les Ottomans, la « grande école de la nation », comme
l'appellent les Grecs, n'est plus que l'ombre d'elle-même. »
« A
l'heure de la sortie des classes, à la grille de cet imposant bâtiment de
brique rouge, les élèves ne se bousculent pas. En cours, ils sont souvent deux
ou trois, perdus sur les bancs de salles trop grandes. Le lycée du Phanar se
meurt, à l'image d'une communauté découragée qui s'éteint lentement. Depuis le
traité de Lausanne de 1923, qui les définit comme minorité non musulmane de
Turquie, l'histoire des « Rum », ces « Romains » vestiges de l'Empire chrétien
d'Orient, est celle d'étrangers dans leur propre pays.
Une
décision de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg, en
janvier, leur a redonné un peu de baume au cœur. Après des années de bataille
judiciaire, le lycée du Phanar s'est vu reconnaître le droit de récupérer des
immeubles confisqués par l'Etat turc. Ankara est condamné à les restituer avant
le 9 avril, sous peine de verser 900 000 euros de compensations. Mais cet
espoir de règlement du problème des fondations pieuses, essentiel pour les Rum,
arrive peut-être trop tard. »
« (…)
En 1906, ils étaient 160 000 à Istanbul. Cent ans plus tard, ils sont à peine 2
000, selon Ata Sakmar, un avocat turc pour qui défendre les Grecs est une «
mission humanitaire ». La moyenne d'âge est supérieure à 60 ans et rares
sont les jeunes qui choisissent de rester. A l'instar du lycée du Phanar, les «
écoles spéciales », turques mais réservées aux Rum, se vident, ferment les unes
après les autres. Il n'en reste plus que huit, dont trois lycées, qui
accueillent au total 250 élèves, pour une bonne partie des Arabes orthodoxes
émigrés du Sud-Est. « Si les écoles ne peuvent pas se maintenir, la
communauté n'a aucune chance de survie », soupire Yani Demircioglu, le
directeur du lycée Zografion, qui revendique fièrement son identité double. Il
fait rapidement les comptes : de sa promotion sortie en 1972 ils ne sont plus
que quatre sur trente-sept à vivre en Turquie. »
« Pour
les ultranationalistes turcs, les Hellènes et leur patriarche sont comme le ver
dans le fruit turc : des « traîtres à la nation ». Bartholomeos Ier est
accusé de vouloir créer un mini-Vatican au coeur d'Istanbul. Et l'Etat turc
refuse toujours de reconnaître le caractère oecuménique du patriarcat et de
rouvrir l'institut théologique de l'île de Halki, fermé depuis 1971. Chaque 6
janvier, le Noël orthodoxe, une croix est traditionnellement lancée par le
patriarche dans les eaux froides de la Corne d'or et de jeunes hommes doivent
aller la repêcher. Cette année, les policiers étaient plus nombreux que les Rum
et, pour aller sauver la croix de la noyade, il n'y avait que trois
volontaires. En 2005, une cinquantaine de Loups gris, des militants nationalistes,
avaient perturbé la cérémonie, brandissant des drapeaux turcs et hurlant : «
La Turquie : tu l'aimes ou tu la quittes ! » La plupart des Grecs
d'Istanbul ont déjà choisi les deux. »
Sources : Le Point, Nouvelles d’Arménie
Autour
de cette question, on été publiés récemment sur le web : «Récapitulatif
du négationnisme d’Etat de la Turquie, exporté en Europe» ; « Les Assyriens
demandent également la reconnaissance du génocide » - on y lit
notamment : «La proclamation le 14/11/1914 de la guerre sainte contre les chrétiens ne visait pas seulement les Arméniens. Le plus grand atout de la Turquie
était sa diversité ethnique et les dirigeants de l'époque ont décidé de
détruire cet atout en massacrant près de 2 millions de personnes. La Turquie a
voulu homogénéiser la diversité en perpétrant un génocide contre ses
populations chrétiennes.» - ; ou encore «L'ONU cède
au négationnisme de la Turquie».

