Archiprêtre Alexandre Lebedev : « Nous attendons avec fébrilité le moment où l'unité ecclésiastique sera rétablie »
Récemment s'est tenue la dernière réunion du synode de l'Église orthodoxe russe hors frontières (ÉORHF), avant la signature prévue le 17 mai à Moscou de « l'Acte de communion canonique ». Ses conclusions, l'attitude de l'Église orthodoxe russe hors frontières à l'égard de la participation du Patriarcat de Moscou au Conseil oecuménique des Églises, les sentiments avec lesquels la délégation se prépare à la visite à Moscou — c'est à ces questions du portail Interfax.ru que répond l'archiprêtre Alexandre Lebedev, secrétaire de la commission de l'ÉORHF pour le dialogue avec le Patriarcat de Moscou.
Père Alexandre, comment estimez-vous les conclusions du synode de l'Église hors frontières qui vient de s'achever ?
L'objectif principal du synode était de mettre au point le travail précédant la signature de l'Acte de communion canonique qui aura lieu le 17 mai dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Le texte final de ce document a été ratifié, ainsi que la décision d'envoyer dans la capitale russe une délégation conduite par le métropolite Lavr. Nous avons réglé la situation des trois membres du clergé qui étaient passés de l'Église hors frontières au Patriarcat de Moscou. La disposition d'esprit des participants de la rencontre était positive, tous sont dans l'attente du plus proche rétablissement de l'unité ecclésiastique.
En conformité avec l'« Acte », ont été fixées les modalités de commémoration du patriarche de Moscou et de toutes les Russies — juste avant celle du premier hiérarque de l'Église hors frontières. Cette disposition a été approuvée par le synode dans une résolution séparée.
De plus, lors de ce synode a été approuvée la formulation liturgique de la commémoration de la Russie. Actuellement, dans les différentes paroisses, on prie de façon différente pour la Russie. Certains parlent de la patrie russe souffrante, d'autres de la Russie très éprouvée. Lors de ce synode, il a été décidé de prier pour « le pays russe gardé par Dieu ». Auparavant, nous priions pour la Russie persécutée, mais maintenant, prenant en considération le fait que les persécutions ont cessé en Russie, la commémorer en tant que très éprouvée ou souffrante n'est plus d'actualité. Je voudrais souligner que lors de l'adoption de cette résolution, aucune pression n'a été exercée sur nous par le Patriarcat de Moscou. C'est une décision interne, prise pour unifier la commémoration de la Russie dans nos paroisses. Il faut ajouter que la formulation n'est pas encore entrée en vigueur. Le synode a exprimé son souhait, mais les évêques diocésains devront diffuser dans les paroisses les oukases correspondants.
Quelle est votre attitude à l'égard de l'œcuménisme, et également à l'égard de la participation du Patriarcat de Moscou au Conseil oecuménique des Eglises, qui était la cause de critiques répétées de la part de l'ÉORHF ?
Nous nous réjouissons que le Patriarcat de Moscou ait signé un document dans lequel sont condamnés tous les aspects nuisibles de l'œcuménisme : c'est-à-dire le syncrétisme, la concélébration liturgique avec les hétérodoxes, et, également, tout ce qui peut noyer l'ecclésiologie orthodoxe. Bien sûr, une majorité de gens dans l'Église hors frontières préférerait certainement que le Patriarcat de Moscou quitte le Conseil oecuménique des Eglises, car nous y voyons une tentation. En même temps, les principes de cette participation nous sont apparus de façon sensiblement plus nette. Nous comprenons que ce n'est pas l'intention de concélébrer avec des hétérodoxes ou le fait de considérer que l'Église n'est pas une — qu'il y aurait d'autres Églises — qui se cache derrière cela. L'Église orthodoxe russe étant la plus vaste dans le monde orthodoxe, elle s'efforce d'avoir une place leader dans les forums internationaux. Si elle quitte le Conseil oecuménique des Églises, la représentation de l'orthodoxie à un niveau international restera au Patriarcat de Constantinople, et la voix de l'Église russe ne sera pas entendue. C'est une raison sérieuse pour que le patriarcat de Moscou continue, au moins quelque temps, à participer au CŒE.
Je voudrais souligner qu'en entrant en communion canonique avec l'Église en Russie, l'Église russe hors frontières n'a pas du tout l'intention de participer au Conseil oecuménique des Eglises. Nous resterons à l'écart de cela et continuerons à dénoncer l'œcuménisme dans le monde orthodoxe comme nous le faisions auparavant. Notre attitude à l'égard du mouvement œcuménique reste inchangée.
Le règlement interne de l'Église russe hors frontières changera-t-il après la signature de l'Acte ?
Après la signature de ce document, quelques additifs seront joints au règlement de l'Église orthodoxe russe hors frontières. Cette question a été soulevée l'année dernière lors du concile des évêques, et un schéma de ces modifications y a été proposé. La session du dernier synode les a confirmées.
Les différences culturelles pourraient-elles devenir un empêchement sérieux à une communion complète des Russes et de leurs compatriotes à l'étranger, après la réunification de l'Église ?
La vision du monde et l'éducation de ceux qui ont grandi à l'étranger et n'ont jamais vécu en Union soviétique se distinguent de la mentalité de ceux qui vivent aujourd'hui en Russie. Mais il faut se souvenir que, à l'étranger, nous nous étions fixés comme but de conserver notre russicité, l'esprit orthodoxe russe, la langue, la culture, et l'Église y a contribué. En général, l'expérience de la vie à l'étranger apporte beaucoup. Souvent, nous exerçons notre ministère dans un environnement non orthodoxe, et peut-être devons-nous travailler avec plus de zèle afin de conserver notre identité nationale et culturelle, l'orthodoxie. L'Église hors frontières a reçu un riche héritage spirituel. Nous espérons avoir la possibilité de le partager avec nos compatriotes qui ont vécu les temps de persécutions contre l'Église sous le pouvoir soviétique, et également la possibilité de mieux comprendre les souffrances dont a été victime l'Église orthodoxe en Russie.
Pour ce qui concerne la langue liturgique, il n'y a absolument aucune différence. Il y a des détails insignifiants de l'ordo des offices divins qui diffèrent, mais c'est une question de pratique, et ne concerne pas la substance des offices. En général, si un fidèle de Russie vient par exemple en Amérique et assiste à un office dans une de nos églises, il ne verra aucune différence.
Je pense que la différence d'appréhension de certaines choses existe plus sous forme d'une certaine enveloppe extérieure, mais la substance reste la même : la vision du monde orthodoxe russe est identique en Russie et à l'étranger.
Quel est aujourd'hui le nombre de croyants, de paroisses et d'églises de l'Église russe hors frontières ?
Nous avons approximativement 400 paroisses dans 40 pays, la majorité se trouvant en Amérique du Nord, en Europe et en Australie, et pour une moindre part en Amérique du Sud. Il y a des monastères de l'Église hors frontières en Terre Sainte, une communauté en Corée du Sud, quelques paroisses au Mexique et dans d'autres pays. Pour ce qui concerne la quantité de fidèles assistant aux offices, il doit y en avoir 60 000—100 000.
Avec quels pensées et sentiments les participants de la délégation de l'Église hors frontières se préparent-ils au voyage à Moscou ?
Nous nous trouvons dans un état d'attente fébrile du moment où l'unité ecclésiastique sera rétablie. On peut le comparer à l'attente lors de la nuit de Pâques, quand tous se tiennent avec des cierges et attendent l'ouverture des portes royales et le début des matines de la fête. Ayant pris part au processus de dialogue depuis plusieurs années, je désire beaucoup que, avec la grâce de Dieu, nous arrivions sans encombres à Moscou et achevions le processus de cicatrisation des plaies de la séparation entre les Russes de la patrie et ceux de l'étranger. Je pense que tous les problèmes qui faisaient obstacle au rétablissement de notre communion canonique sont maintenant résolus et ou se trouvent en cours de résolution.


























