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lun. 04 juin 2007

80ème anniversaire de la paroisse Notre-Dame Souveraine à Chaville

Les 2 et 3 juin derniers, la paroisse orthodoxe Notre-Dame Souveraine à Chaville a fêté le 80ème anniversaire de son existence. A cette occasion, Mgr l’archevêque Gabriel s’est rendu à Chaville pour les célébrations des vigiles et de la sainte liturgie. Nous vous invitons à visionner l’enregistrement vidéo de son sermon prononcé le dimanche 3 juin ainsi que l'album de photographies de l’évènement. Vous pouvez retrouver l’historique de la paroisse ainsi que le chapitre consacré à l’église Notre-Dame Souveraine tiré des Mémoires de Mgr Euloge (Georgievski) publiés par les Presses Saint Serge.

Historique de la paroisse orthodoxe russe Notre-Dame Souveraine à Chaville

Derjavnaya En mars 1917, en pleine guerre mondiale, une humble paysanne du village de Kolomenskoë, près de Moscou, voit apparaître l'icône de Notre-Dame Souveraine (dernière icône apparue en Russie) ; puis c'est la Révolution d'octobre, l'effondrement de l'Empire russe, l'exécution tragique de la famille impériale, la guerre civile et la misère.

Certains Russes, fuyant leur terrible destinée, ayant tout perdu, partent pour d'autres pays, en particulier la France, se fixent à Paris et ses environs, particulièrement dans l'Ouest de la Capitale. Ils travaillent pour la plupart dans des usines (automobiles), donnant lieu à la création et à l'extension de lotissements à Chaville, Sèvres, Clamart, Ville d'Avray.

En 1926, les Russes orthodoxes habitant Chaville et les communes limitrophes s'organisent et élisent un comité́ qui a pour mission de créer les premières bases d'une paroisse.
Une chapelle de fortune est installée dans un garage près de la gare de Chaville-Vélizy. Le métropolite Euloge va désigner le père Kalachnikov pour assurer tous les offices à
Chaville et Clamart.

Cette paroisse est déclarée à la Préfecture de Versailles le 30 mai 1927, sous le nom d'Association orthodoxe russe de Chaville (journal officiel du 22 juin 1927) placée sous la protection de Notre Dame Souveraine.
1927-1929 : recteur Georges Fedorov
1929-1931 : recteur Georges Choumkine
1932-1954 : recteur Jean MAXIMENKO
Le 19 mai 1935 : pose de la première pierre de la petite église, près de la forêt de Meudon (située actuellement au 22 rue Alexis Maneyrol) dans un site calme et boise
́, au centre de la communauté russe se répartissant sur les communes de Chaville, Viroflay, Vélizy-Bas et Vélizy le Clos. Les paroissiens, avec leur prêtre le père Jean Maximenko, construisent l'église de leurs propres mains.
Le métropolite Euloge vient le 9 juin 1935 consacrer l'autel et célébrer l'office de la pose de la première pierre.
Le père Jean Maximenko, élevé à la dignité d'archiprêtre mitré, sera le recteur de la paroisse jusqu'en 1954.
1955 -1964 : archiprêtre Léonide Moguilevski
1964 -1966 : archiprêtre Léonide Nikolski
1967-1977 : archiprêtre Alexandre Davidoff. Apprécié de tous, il a de bons rapports avec l'église catholique de Vélizy ; il meurt accidentellement le 31 mai en 1977.
1
977 -1990 : recteur Pierre Nivière.
Puis, les prêtres desservants la paroisse ont été successivement :
1990 -1994 : révérend Père Michel Evdokimov
1994-1999 : révérend Père Nicolas Molinier
Depuis 1999, le recteur de la paroisse est le père Jivko Panev
La chapelle actuelle a été quelque peu remaniée (iconostase différente et clocheton ajouté). En 2002 une rénovation intérieure et extérieure a été entreprise et en 2005 des fresques de style orthodoxe russe y ont été exécutées.
Les offices sont célébrés en français et en slavon, les lectures et prédications en français et les chants liturgiques en slavon.
(Renseignements aimablement fournis par M. Paul Gantchenko, membre de la paroisse.)

Mgr EULOGE a consacré un chapitre à la paroisse de Chaville dans ses mémoires "Le chemin de ma vie". Nous vous proposons ici de le lire :
"Chaville

En 1926, un habitant russe de Chaville, monsieur Sédachev prit l'initiative de me demander un prêtre pour Pâques. J'ai prié le père Kalachnikov, recteur de l'église de Clamart, de se rendre à Chaville. Ainsi, il a pu mettre en route une nouvelle communauté. Par la suite, il est venu, à plusieurs reprises, faire des célébrations en alternance avec un prêtre âgé, le père Fachtchevsky. Il se forma un comité, dont faisait partie : Sédachev, la comtesse Moussine-Pouchkine et les dames : Dobrinine, Bérézine, Doubassov...

Pendant un certain temps, les prêtres se relayaient dans cette communauté. Finalement, j'ai pu nommer un prêtre permanent : le père Georges Fédorov. Il était fils d'un professeur de l'Université de Varsovie, qui mourut pendant la révolution. Sa mère devenue catholique entraîna avec elle son fils, qui était encore élève à l'école des cadets. Plus tard, il se retrouva chez les jésuites, fut envoyé à Rome, admis au séminaire, et bientôt ordonné diacre. Il n'a pas pu poursuivre longtemps dans cette voie ; son âme fut complètement brisée, et un jour, il déposa son orarion de diacre à mes pieds. Il me faisait pitié, je l'ai donc envoyé à l'Institut de Théologie Saint Serge. Ses études au séminaire lui avaient donné beaucoup de connaissances utiles. M'étant assuré qu'il ne deviendrait jamais un savant théologien, je pris la décision de l'ordonner prêtre, et l'envoyait à Chaville. Parmi ces paroissiens, se trouvait un certain Jean Maximenko qui était attiré par le service de l'Eglise. Je l'ai inscrit comme auditeur libre à l'Institut Saint Serge, et l'ai ordonné au diaconat, pour la paroisse de Chaville. A ce moment-là, le comité paroissial aménageait, dans un ancien garage, une modeste chapelle dédiée à la Mère de Dieu Souveraine.

En ce qui concerne l'icône de la Mère de Dieu Souveraine on possédait les renseignements suivants : elle fut trouvée, pendant la révolution, dans le grenier de l'église du village de Kolomenskoë, qui se trouvait dans la propriété de nos Tsars moscovites. La Mère de Dieu apparut en songe à une femme et lui dit :
«  Mon icône se trouve méprisée, va voir le prêtre et dis-le-lui... »
Le rêve se reproduisit deux fois. La femme fit ce qu'on lui ordonnait. Sur cette icône, la Mère de Dieu est représentée assise sur un trône, tenant les attributs royaux. Dans l'une de ses mains, elle tient le globe, dans l'autre le sceptre.
Ce miracle fut interprété comme la glorification de la souveraineté de la Reine des cieux, dans cette période terrible de l'effondrement de l'état russe. La rumeur au sujet de l'icône miraculeuse se répandit partout et le peuple commença à affluer. En 1917, on transporta l'icône dans différentes églises de Moscou ; là où elle apparaissait, d'énormes foules de fidèles se rassemblaient. Lorsque le prêtre, qui avait trouvé l'icône, voulut l'enchâsser, il ne trouva pas de châsse à la bonne dimension. Il décida de scier l'icône par le bas ; il vit en songe la Mère de Dieu qui lui reprocha: « Pourquoi veux-tu me couper les jambes ? »
Une copie de cette icône fut faite pour l'église de Chaville.

Le père Fédorov ne fut pas recteur longtemps. Miné par l'esprit clérical, imbu de son infaillibilité pastorale, il prit des décisions sans appel qui provoquèrent des scandales. Il ne permit pas à la marguillière Doubassov de venir embrasser la croix, car elle s'était permis de sortir de l'église sans sa bénédiction... Il interdit à un membre du clergé de communier, car celui-ci aurait dit en apportant l'eau chaude : « Et chez moi les cornichons poussent bien! »
J'ai entendu parler de ces scandales, et voyant que le père Fédorov ruinait la paroisse au lieu de la développer, je l'ai remplacé par le père Choumkine, un prêtre humble et pieux.
Avec le père Choumkine, l'église s'embellit. Il y eut des dons d'icônes et d'objets liturgiques ; on aménagea une nouvelle iconostase. L'icône de la Mère de Dieu Souveraine fut installée dans une belle châsse. Les fidèles venaient même de Meudon, Clamart ou de Paris. Les marguilliers furent : d'abord, madame Doubassov, puis madame Dobrinine, après elle le général Kandyrine qui ne laissa pas un très bon souvenir.
Le père Choumkine ne pouvait pas mener un travail actif et créatif. La paroisse devint tellement pauvre qu'elle ne pouvait plus verser sa part de revenus à l'administration diocésaine. Voyant cela, j'ai transféré le père Choumkine à Grenoble et nommé à Chaville le diacre Maximenko que j'ordonnai prêtre à la demande de certains paroissiens.

Le père Maximenko, ancien fonctionnaire pour l'émigration en Sibérie, auditeur libre à l'Institut Saint Serge, était un prêtre simple, bon, persévérant et entreprenant. Au début, tous les paroissiens le soutenaient, mais ensuite il y eut des protestations. Un groupe de fidèles qui se considérait comme l' 'aristocratie spirituelle', se plaignait que le père recteur manquât de finesse face à leurs aspirations théologiques'. Cependant, le père Maximenko suivait résolument son chemin ; il décida de construire son église. Il ouvrit une souscription pour des dons en 'petites briques', c'est ainsi qu'il appelait les carnets à souches avec lesquels on collectait l'argent. Les dons arrivaient, par petites sommes ; il put assez rapidement acheter un terrain de 300 m². On décida de se charger de la construction sans embaucher d'ouvriers, de faire tous les travaux selon les possibilités de chacun. Dans un effort communautaire, on commença par creuser le sol, amener les matériaux, bâtir... Les femmes préparaient et portaient les repas aux bâtisseurs. Le père Maximenko donnait l'exemple en travaillant en tête de la corporation et tous les autres le suivaient. La construction avançait assez vite, quand soudain éclata un conflit, au sujet de la toiture. Les uns voulaient une coupole, par exigence esthétique ; les autres préféraient un toit simple, cela revenait moins cher et n'exigeait pas la présence de quatre piliers pour soutenir la coupole. L'entrepreneur Tchernobrovkine était pour la coupole, le père Maximenko pour un toit simple. On s'adressa à des architectes. Ils avançaient des raisons esthétiques et soutenaient Tchernobrovkine. De mon côté, j'essayai de les persuader que nos possibilités matérielles nous obligeaient à opter pour une toiture simple et modeste. Mais le conflit se poursuivit. Tchernobrovkine se fâcha, il exigea qu'on lui rende son matériel et qu'on lui rembourse ses frais. Il y eut beaucoup de débats et de disputes. Je suis allé plusieurs fois calmer les adversaires. Un jour, il m'a fallu examiner les détails de la querelle, assis sur une caisse, parmi des tas de planches et des briques entassées au milieu de l'église encore inachevée ; une pluie fine nous pénétrait, car à cause des disputes, il n'y avait ni coupole ni toit... En fin de compte, tout s'arrangea, le bon sens prévalut et l'église fut construite avec un toit à double pente.

Le père Maximenko a supporté avec patience tous les orages, non sans mal. La consécration de l'église fut solennelle. Les fidèles eurent les larmes aux yeux lorsque, dans mon discours, je parlai de la façon touchante avec laquelle les habitants de Chaville avaient construit leur église. J'ai remis au père Maximenko, en récompense, pour ses travaux pastoraux, et surtout pour la construction de l'église, une 'kamilavka [chapeau spécial que le prêtre peut porter pendant les offices]
En été 1936, un nouveau conflit surgit à Chaville. Apparut un groupe dénommé 'Action Chrétienne du Travail' ayant à sa tête deux personnes qui avaient obtenu la nationalité suisse : Ladygensky et le prince Kourakine. Lorsque le ministère Blum réalisa son programme de législation sur le travail, certains membres de la communauté de Chaville se sont inscrits à la C.G.T. non pour des raisons politiques, mais pour des considérations économiques. Le groupe d' 'Action Chrétienne du Travail' décida d'exclure de ses rangs tous ceux qui avaient adhéré à la C.G.T. Le père Maximenko prit la défense des membres de la C.G.T. : ils voulaient simplement améliorer leur situation matérielle ; c'était un moyen d'assurer leur pain quotidien. Ce n'était pas aux 'Suisses' de les condamner, eux qui avaient changé de nationalité pour obtenir une liberté de circulation, c'est-à-dire pouvoir voyager dans toute l'Europe, sans faire de démarches pour un visa...
Je reçus des plaintes contre le père Maximenko. J'ai enquêté sur cette affaire et j'ai expliqué aux plaignants qu'eux-mêmes, en changeant de nationalité, avaient quelque peu renié leur rude condition d'émigrés, et dans ce cas-là, il était sage de s'abstenir de porter des accusations."

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