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lun. 24 sept. 2007

Bloc-notes de Jean-François Colosimo

Jfc 24 septembre 2007
Christophe Donner, événement de la rentrée littéraire. « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » fait pleurer Bucarest. L’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France :  communication ou  communion ? Remarques en vrac.

Le livre de la rentrée littéraire ? Indiscutablement Un Roi sans Lendemain de Christophe Donner, paru chez Grasset. On connaissait Donner, l’auteur de L'Esprit de Vengeance ou de Contre l’Imagination, comme maître de l’autofiction polémique. On le retrouve attentif à la grâce qui désoriente le Moi, sur un mode janséniste ou presque. La trame de cet exigeant roman ? La vie d’Henri Norden (l’anagramme est clair), spécialiste de l’autobiographie, bascule le jour où on lui demande d’écrire un scénario sur Louis XVII, l’enfant du Temple, mort reclus à l’âge de dix ans. Il découvre alors que le martyre du petit prince est la clé de la Révolution. Et identifie son meurtrier en la personne de Jacques-René Hébert, le pamphlétaire du Père Duchesne, grand écrivain et grand criminel, pourvoyeur de la guillotine et précurseur du mensonge journalistique. Pour Norden, c’est Hébert qui a imaginé le supplice de l’enfant royal, la solitude,  l’enfermement, le calvaire, et  jusqu’à la haine impavide, avec  l’accusation d’inceste qu’on lui fera porter à l’encontre de sa mère, Marie- Antoinette.

Le mythe républicain du sang impur vacille. Mais aussi l’existence même du scénariste chez qui la quête de l’incarnation supplante peu à peu l’enquête sur les personnages. Voilà que l’homosexuel convaincu, l’inlassable chasseur de garçons exotiques découvre l’amour dans les bras d’une femme d’Orient qu’il veut, de surcroît, épouser à l’église. Une reddition sans gloire  à la Morale et à la Réaction ? Non, foutaises et faux dilemme. Le renoncement aux mœurs  n’est rien, le retournement du cœur  est tout. Le livre se finit d’ailleurs sur un signe de croix. « C’est le roi des enfants-rois qui me l'a signalé : il a fait de son cachot une chapelle expiatoire » écrit Donner sous forme de commentaire. Rien à ajouter. 

4 mois, 3 semaines et 2 jours, bien sûr, même si à retard... Le film du Roumain Cristian Mungiu, Palme d’or du Soixantième Festival de Cannes, raconte, on le sait, un avortement clandestin dans les toutes dernières années du régime Ceaucescu. On y voit Gabita, une étudiante enceinte et affabulatrice, mettre fin à sa grossesse dans une sinistre chambre d’hôtel avec l'aide suppliciée de sa camarade de foyer, Otilia, et l’implacable complicité  d’un « Monsieur Bébé », faiseur d’anges et maître- chanteur qui se payera, en nature, sur les corps des deux filles. On y aperçoit surtout un fœtus sanguinolent, reposant à même le carrelage immaculé d’une salle de bains. Choc. Descente abyssale dans le premier cercle des enfers. Débats inévitables et inévitablement à côté de la question. A Paris, le film, qui selon l’habitude devait faire l’objet d’une édition pédagogique à l’usage des écoles,  a provoqué dans un premier temps, et à raison je crois, l’hésitation de Xavier Darcos, le ministre de l’Education Nationale, qui s’est déclaré « frappé par sa dureté ». Mais a suivi, sans surprise,  une sarabande idéologique : les associations de défense de la vie sont intervenues, le Planning familial a fulminé, la Ligue des droits de l’homme a protesté... Inutile agitation. Au Vatican, l’Osservatore Romano, puisant dans l’encrier des mauvais jours, a fustigé l’oeuvre comme « sordide, verbeuse, immorale » et « causant offense au spectateur et à sa dignité »...Vaine condamnation. A Bucarest, où les foules, elles, ont pleuré. Elles ont pressenti, éprouvé, reconnu,  mieux que les censeurs et les thuriféraires, que la violence du film de Mungiu ne tenait pas à sa dimension sociale mais à sa situation métaphysique. Soulignant la littéralité stylistique de l’opus, les critiques ont cru bon  d’évoquer  Loach et les frères Dardenne, d’en appeler au réalisme. Ils auraient été mieux avisés de penser à David Lynch, à la distorsion fantastique qu’amène le dévoilement du lien secret entre la chair et la mort. Sans doute cette palme vient-elle à point nommé pour saluer l’entrée de la Roumanie dans l’Europe - c’est- à- dire, aussi, en quelque façon et pour un peu, de l’Orthodoxie. Certes je ne sais point si Mungiu est orthodoxe, et si oui où il en est de Dieu, de la foi, de l’Eglise, et cela m’importe peu. Mais je sais qu’il faut venir d’un pays où l’on célèbre l’eucharistie sous les deux espèces pour comprendre à ce point notre désir concret du corps glorieux. Car le film repose entièrement  sur l’abnégation héroïque d’Otilia qui confine à l’absurdité- une « exaspérante bonne poire » pour Libération -, à ce point extrême où elle, l’innocente, accepte de porter les fautes de tous. Et, alors qu’elle vient de jeter le fœtus entouré d’une serviette blanche en guise de linceul dans une boîte à ordures, c’est en retrouvant Gabita au restaurant devant un plat de moelle et de cervelle qu’Otilia découvre, et nous découvre, le cannibalisme inhérent à la condition humaine que seul nous épargne le sacrifice non- sanglant.

Ainsi donc, dans le communiqué en date du 21 septembre 2007 de  l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France on peut lire que l’AEOF « salue » les grands événements, « adresse ses félicitations les plus chaleureuses » à leurs acteurs,  « rend grâce à Dieu » pour ce qu’elle y voit de « bénédiction et grande promesse » , qu’elle se « réjouit » de tout cela quand elle ne s’en  « félicite » pas, qu’elle tient par ailleurs à « remercier l’accueil fraternel et l’hospitalité généreuse » qu’elle a pu recevoir ici ou là, qu’elle insiste à redire « toute sa gratitude » pour ses hôtes non sans qu’elle n’oublie de « souligner une fois de plus la grande utilité » de ses actions et quitte à répéter à nouveau, en conclusion, qu’elle « se réjouit » de mener ses « discussions dans un esprit irénique », et « se félicite » du « dialogue fraternel, transparent et direct » qui la caractérise. Tant de jubilation laisse rêveur : ce n’est plus Byzance, c’est Broadway ! S’amuserait- on à dire si l’on ne connaissait la gravité de l’heure. Car, à rebours de ce qu’il entend proclamer, qu’indique ce langage superlatif en forme de mantra, si ce n’est précisément la crainte du vide, l’évidence de la crise ?  La vérité est que l’Assemblée ne manque pas d’évêques de talent. Mais c’est un geste libérateur, prophétique, qui lui fait défaut. Afin de repenser la présence orthodoxe en France, il lui faudrait oser une expérience authentiquement conciliaire, un synode ouvert, des états-généraux où elle-même consentirait à tout risquer. En attendant, refuser de confondre, à rebours du siècle, la communication et la communion marquerait, à tout le moins, un commencement.    

Crise financière internationale, réforme gouvernementale du travail, aménagements des retraites et guichet de la fonction publique, contrôles migratoires et test ADN, lente mais sûre implosion de la Belgique, menaces sur le menaçant Iran et, last but not least,  rassérènement sans certitude sur le Quinze de France : l’actualité est là, à tant se répéter,  piétiner, patauger, que l’on est assuré de voir tous ces sujets revenir. Et nous d’y survenir. 

Jean-François Colosimo

Lieux de culte orthodoxe en France

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