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dim. 30 sept. 2007

Jean Breck, Le don sacré de la vie. Les chrétiens orthodoxes et la bioéthique

Johnbreck Jean Breck, Le don sacré de la vie. Les chrétiens orthodoxes et la bioéthique, Éditions du Cerf, Paris, 2007, 334 p.
Le père Jean Breck a beaucoup contribué à la réflexion orthodoxe sur les problèmes contemporains de bioéthique tant par ses cours donné à l’Institut Saint-Vladimir de New York et à l’Institut Saint-Serge de Paris, que par des conférences données aux États-Unis, en France et en Roumanie, ou par des articles et chapitres d’ouvrages collectifs.
Ce livre qui vient de paraître aux Éditions du Cerf est la traduction d’un ouvrage, édité par St. Vladimir’s Press en 1998, qui rassemblait et ordonnait en les adaptant plusieurs de ces publications.
Un premier chapitre est consacré aux fondements théologiques de l’éthique orthodoxe (la liberté dans l’Esprit qui caractérise la vie morale conçue comme ethos [mode de comportement], la vie trinitaire comme modèle des relations personnelles, la personne créée à l’image de Dieu et appelée à en accomplir la ressemblance, la déification comme but de la vie chrétienne, les principes de la décision morale...).
Le chapitre 2 aborde les questions touchant à la sexualité et au mariage. En ce qui concerne le premier de ces deux thèmes, l’auteur traite de sujets sur lesquels les orthodoxes d’Amérique prennent volontiers position mais qui sont rarement abordés par les orthodoxes francophones, comme la sexualité prémaritale, la masturbation, les éjaculations nocturnes, la pornographie, l’homosexualité ou l’adultère.

Le troisième chapitre examine quelques questions liées au commencement de la vie et à la procréation en rapport avec la notion, très en vogue aux États-Unis, de préembryon (notion que l’auteur conteste à juste titre). Dans le chapitre 4, l’auteur, en soulignant le caractère sacré de la vie, envisage les possibilités et les limites des techniques biomédicales. Il traite longuement de l’avortement, avant d’aborder les questions relatives à la procréation médicalement assistée, puis au génie génétique.
Le chapitre 5 est consacré aux problèmes touchant à la fin de la vie (la notion de « qualité de vie », le traitement de la souffrance, l’euthanasie, les soins palliatifs, l’accompagnement des mourants). Un appendice traite de la question du suicide, un autre de celle de la crémation.
On pourra trouver discutables certains points de vue de l’auteur. La définition du mariage en termes d’alliance, très liée à une perspective vétérotestamentaire, nous paraît réductrice, de même que l’évaluation des relations entre époux en termes de devoirs et de responsabilité. L’affirmation d’une valeur rédemptrice de la souffrance en soi nous paraît refléter davantage une certaine mentalité catholique que la vision patristique et orthodoxe. L’ouvrage, qui aborde quelques points spécifiquement liés au contexte américain qui paraîtront peu familiers aux lecteurs francophones, aurait gagné, à l’occasion de cette édition française, à être adapté au contexte européen. Il aurait dû aussi, à cette occasion, prendre en compte les évolutions récentes du débat sur l’euthanasie ou encore les problèmes soulevés ces derniers temps par l’utilisation des cellules-souches. Le problème des greffes d’organes n’est pas abordé alors qu’il continue à faire débat, notamment en rapport avec les conditions de prélèvement, souvent violentes et qui risquent de perturber le « donneur » alors qu’il est dans la phase délicate de son passage dans l’autre vie (voir à cet égard les réflexions pertinentes du Dr Marc Andronikof qui, en France, a beaucoup contribué à la réflexion bioéthique orthodoxe). Enfin l’auteur semble admettre que la mort se définit par la mort cérébrale, point aujourd’hui discuté par de nombreux médecins (dont le Dr. Andronikof). Ce point n’est pas sans importance, en rapport notamment avec le précédent, car s’il est vrai que la personne continue à vivre après la mort cérébrale (son cœur, par exemple, continue de battre...), on doit admettre que le prélèvement d’organes se fait sur des êtres encore vivants, ce qui pose évidemment un grave problème éthique.
Ces réserves étant faites, il faut reconnaître à cet ouvrage le mérite d’offrir un panorama à peu près complet des sujets auxquels s’intéresse la bioéthique et de se montrer globalement bien informé de toutes les
questions actuelles. L’auteur développe une réflexion généralement juste, équilibrée et délicate, qui bénéficie largement de son expérience et de sa sensibilité pastorales.

Jean-Claude Larchet

Lieux de culte orthodoxe en France

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