Paul L. Gavrilyuk, Histoire du catéchuménat dans l’Église ancienne, Éditions du Cerf, Paris, 2007, 406 p. (Collection « Initiations aux Pères de l’Église »).
Le Père Paul Gavrilyuk est diacre de l’Église orthodoxe en Amérique et enseigne actuellement la théologie historique à l’université Saint-Thomas à Saint-Paul dans le Minesotta.
Bien que paraissant dans une collection d’initiation, l’étude qu’il nous livre ici est très approfondie et très complète, puisqu’elle embrasse l’histoire du catéchuménat dans l’ensemble des Églises anciennes depuis ses origines jusqu’à sa disparition au haut Moyen-Âge.
Après avoir étudié la naissance du catéchuménat à l’époque apostolique en relation avec son héritage judaïque, sa transformation néo-testamentaire et sa confrontation à la culture païenne, et analysé ses formes et contenus originels, l’auteur étudie successivement les principales écoles catéchétiques à leur apogée : celle d’Alexandrie (de la fin du IIe s. au milieu du IIIe s.), de Jérusalem (au IVe s.), d’Antioche (de la fin du IVe s. au milieu du Ve s.) et de Milan et de l’Afrique du Nord (de la fin du IVe s. au milieu du Ve s.), avant d’analyser les raisons du déclin et de la fin de la pratique du catéchuménat.
Ce livre traite non seulement de la structure, souvent très mal connue du catéchuménat, avec ses différentes étapes, mais aussi de ses liens avec les divers moyens de conversion, la pénitence, les exorcismes, le baptême et la participation aux services liturgiques. Une place importante est, bien entendu, réservée à la catéchèse, à ses différentes formes et à ses grands maîtres (comme Clément d’Alexandrie, Origène, saint Cyrille de Jérusalem, Théodore de Mopsueste, saint Jean Chrysostome ou saint Ambroise de Milan).
Dans sa préface, l’auteur présente ainsi les différents stades du catéchuménat selon la structure commune qu’il a dégagée parmi les diverses formes qui se rencontrent dans les différentes Églises et au cours de l’histoire (les crochet indiquent les éléments qui n’existaient pas dans l’Église d’Orient) :
« I. Précatéchèse. Le premier contact avec le christianisme, pour un païen, était une discussion fortuite, des récits d’amis ou des livres. Un miracle, une guérison ainsi que l’exemple de saints et des martyrs pouvaient l’avoir amené dans une église.
II. [Entretien préliminaire. À l’intention de ceux qui venaient à l’église pour la première fois, on organisait un entretien préliminaire que pouvait animer un diacre. Les futurs catéchumènes se présentaient, parlaient de leurs activités ainsi que des motivations qui les avaient poussés à entrer dans une église. Le représentant de l’église leur faisait un court mandement sur la voie chrétienne et sur les différences essentielles entre le christianisme et le paganisme].
III. Institution du catéchumène. Celui qui le voulait était institué catéchumène de l’étape lointaine. Le rite, appelé signa¬tion, consistait à le marquer du signe de la croix [du « souffle » de l’exorcisme avec la lecture d’une prière], lui imposer les mains [et lui faire goûter le sel]. Les bébés et les petits enfants pouvaient participer à ce rite comme les adultes.
IV. L’étape lointaine pouvait durer un temps long, indéterminé, dépendant pour beaucoup du désir du catéchumène de recevoir le baptême et de son degré de maturité. Certaines Églises considéraient comme le plus approprié un temps de préparation de trois ans. En général, il n’y avait pas d’enseignement particulier pour les catéchumènes de la première étape. On leur permettait d’assister à tous les offices, excepté à la liturgie des fidèles. Ils lisaient la Bible, ils chantaient les hymnes, ils participaient aux prières communes et écoutaient les prédications.
V. Entretien avec l’évêque. Ceux qui désiraient se faire baptiser dans un avenir proche devaient avoir un [deuxième] entretien mené, le plus souvent, par l’évêque. Les catéchumènes, ainsi que les parrains jouant le rôle de répondants, devaient témoigner de leur mode de vie, de leurs bonnes actions et de la sincérité de leurs motivations.
VI. L’étape proche. Ceux qui avaient passé l’entretien étaient inscrits dans le livre de l’Église et se séparaient des autres catéchumènes. La plupart des adultes se faisaient baptiser la veille des grandes fêtes, le plus souvent à Pâques. La période de préparation intensive durait quarante jours environ ; pour ceux qui se faisainet baptiser à Pâques, elle coïncidait donc pratiquement avec le Grand Carême. Un enseignement était intégralement associé à la pratique de prière, d’exorcisme, de repentir et d’ascèse en vigueur dans l’Église locale. L’enseignement particulier des catéchumènes à cette étape se faisait souvent quotidiennement.
VII. La catéchèse prébaptismale comportait trois composantes essentielles :
a. Histoire du salut. Lors de ces cours on étudiait les événements majeurs de l’histoire du salut, centrés sur l’incarnation de Dieu. À partir de cet événement central, l’histoire du salut s’étendait au passé d’Israël, se poursuivait par la vie liturgique de l’Église et était tournée vers le jour futur de la résurrection de tous.
b. La catéchèse morale était libre dans sa forme et dépendait pour beaucoup de l’initiative du catéchète et de la préparation des candidats. Cette catéchèse pouvait être l’explication des Deux Voies, du décalogue de Moïse, des Béatitudes du Sermon sur la montagne, du commandement d’amour envers Dieu et son prochain, de l’exhortation à vivre en imitant en tout le Christ ou la dénonciation des vices et l’encouragement à vivre dans la vertu.
c. Commentaire du Credo. Si les questions évoquées ci-dessus étaient déjà connues du catéchumène, le catéchète pouvait consacrer beaucoup plus d’attention aux questions dogmatiques. À l’époque, l’explication du Credo n’était pas simplement l’aboutissement de la catéchèse dogmatique mais son contenu essentiel.
VIII. Transmission et restitution du symbole. Au début ou vers la fin de la catéchèse, l’évêque “transmettait” aux catéchumènes le Credo. Tous les candidats devaient “restituer” le symbole à l’Église, c’est à dire le réciter par cœur devant l’évêque. Dans l’Église d’Occident ce rite avait davantage un caractère publie et se célébrait en présence des fidèles.
IX. Transmission et restitution de la Prière du Seigneur. Ce rite était célébré après la transmission et la restitution du symbole, la veille du baptême. [De plus, à Naples, il existait un rite de “transmission et restitution des psaumes”].
X. La renonciation à Satan était l’aboutissement d’une catéchèse consistant à renoncer à l’idolâtrie et à se purifier; elle soulignait la rupture radicale avec le passé païen, avec sa morale et ses idoles. Dans certains cas, le rite de la renonciation était relié à celui de l’union au Christ.
XI. Baptême. Une explication du rite du baptême dans certaines Églises avait lieu avant le sacrement lui même, dans d’autres après. Juste après avoir été plongés dans l’eau et oints du saint chrême, les néophytes recevaient pour la première fois la communion.
XII. La catéchèse mystagogique consistait dans l’explication des rites de la renonciation à Satan, du baptême, de l’Eucharistie et dans certains cas de toute la liturgie des fidèles. Cette catéchèse pouvait avoir lieu en partie avant et en partie après le baptême selon les coutumes locales. Dans toutes les Églises, on ne parlait de l’Eucharistie qu’aux néophytes. »
Comme permet de le constater cet extrait, le livre de Paul Gavrilyuk contribue de manière essentielle à notre connaissance d’une pratique oubliée et mal connue. Sa lecture enrichira tous ceux qui s’intéressent, d’une manière théorique ou pratique, à la catéchèse et à la pastorale, et d’une façon plus générale à l’histoire de l’Église ancienne. Comme le souligne l’auteur dans sa postface, cette connaissance du catéchuménat pourrait aider l’Église orthodoxe actuelle (qui en garde une trace bien visible dans la structure de sa Liturgie divisée en « Liturgie des catéchumènes » et « Liturgie des fidèles » et qui continue à pratiquer le « Renvoi des catéchumènes » qui aujourd’hui n’a plus qu’une signification symbolique) à redonner à l’évangélisation et à la catéchèse une importance que les prêtres (et plus encore les évêques qui ont pourtant parmi leurs premières missions la tâche d’enseigner) ne lui donnent plus, à restituer au Grand Carême sa fonction de préparation intensive au baptême, à redonner au baptistère, lorsqu’on contruit de nouvelles églises, toute sa place et sa fonction symbolique, à se montrer plus attentive et accueillante envers les non-baptisés, à reprendre avec sérieux la formation de baptisés non suffisamment formés, etc.
Jean-Claude Larchet

