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jeudi 18 octobre 2007

«Dialogue manqué» - une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev)

Mgr_hilarion Dans sa réunion du vendredi 12 octobre, lors de sa session d’automne, le Saint Synode du Patriarcat de Moscou, après avoir entendu le rapport de Mgr Cyrille sur la participation de la délégation du Patriarcat de Moscou russe à la Xème session plénière de la commission mixte orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique à Ravenne, a entériné la décision de la commission russe de quitter le dialogue à cause d'un désaccord avec le Patriarcat de Constantinople. Le site officiel du diocèse de Chersonèse a publié un communiqué sur la position de l’Église orthodoxe russe à ce sujet précisant que "le Patriarcat de Moscou n'a pas imposé la présence dans cette commission des délégués de l'Église autocéphale orthodoxe d'Amérique et de l'Église orthodoxe autonome du Japon qui ne sont pas reconnues par le Patriarcat de Constantinople pour fin de ne pas créer de tensions et d'obstacles supplémentaires. Jusqu'à naguère, le Patriarcat de Constantinople avait agi de la même façon avec "l'Église apostolique autonome d'Estonie" qu'il avait créée parallèlement à l'Église orthodoxe autonome d'Estonie reconnue par le patriarcat de Moscou". Le chef de la commission du Patriarcat de Moscou dans son interview donnée au site Internet russe NG Religii donne des explications sur le conflit qui oppose le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat de Constantinople. Nous vous proposons ci-dessous la traduction française de cet entretien.

« Le dialogue manqué » une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev)

Votre Éminence, pouvez-vous raconter ce que c’est passé lors de la Xème session plénière de la commission mixte orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique à Ravenne.

Tard le soir le 8 octobre, je suis arrivé à Ravenne. Mais le lendemain matin j’ai découvert que dans la composition de la délégation orthodoxe de la commission mixte ont été intégrés les représentants de la soi-disant « l'Église estonienne apostolique», créée en 1996 par le Patriarcat de Constantinople sur le territoire canonique du Patriarcat de Moscou. Ils étaient invités par le coprésident orthodoxe de la commission le métropolite de Pergame Jean (Zizioulas) de manière unilatérale, sans accord des autres Églises orthodoxes locales.
J’ai fait savoir au métropolite Jean que si ces représentants d’une instance ecclésiale non reconnue par nous, restaient dans la liste des participants, nous serions obligés de quitter la séance.

Puis lors la réunion générale de la délégation orthodoxe j'ai exposé la position du Patriarcat de Moscou et j’ai souligné que nous ne reconnaissons pas la soi-disante « Église estonienne apostolique »en qualité de structure autonome canonique, et c'est pourquoi, si ses représentants ne quittaient pas la séance, les délégués du Patriarcat de Moscou y seraient obligés.
Le métropolite Jean y a répondu que selon la décision de la conférence inter orthodoxe, si une Église quittait le dialogue, le dialogue se prolongerait sans elle. Ainsi, il a été évident que le Patriarcat de Constantinople s’était préparé à ce développement des évènements.

Pendant la séance plénière de la commission mixte j'ai informé ses membres de la position du Patriarcat de Moscou au sujet de cette question. J’ai dit que si le Patriarcat de Moscou attachait certes une grande importance au développement du dialogue théologique avec l'Église catholique, la participation commune en séance officielle des délégués du Patriarcat de Moscou et de cette soi-disant « Église estonienne apostolique » signifierait une reconnaissance implicite par le Patriarcat de Moscou de la canonicité de cette structure ecclésiale, et que nous serions donc obligés de quitter la séance. J'ai également déclaré que le Patriarcat de Moscou serait prêt à reprendre sa participation au travail de la commission mixte, dès que le patriarcat changeait la position. Après cela notre délégation a quitté la salle d'audience.
Ni à Baltimore en 2000, ni à Belgrade en 2006 les délégués de « l'Église estonienne apostolique» n’avaient participé, et je ne comprends pas pourquoi le Patriarcat de Constantinople les a intégrés dans la composition des membres orthodoxes de la commission lors la présente rencontre.

Était-il possible, néanmoins, de trouver un compromis ?

J’ai alors proposé un compromis au métropolite Jean : inscrivez les représentants de l'Estonie dans la composition de la délégation du Patriarcat de Constantinople. Le métropolite Jean a refusé. De son côté il proposait que les "Estoniens" participent, mais que dans la liste des participants nous inscrivions la remarque que le Patriarcat de Moscou ne les reconnaît pas en qualité d’Église autonome. Mais même cela, nous ne pouvions pas accepter. Nous ne sommes donc finalement pas parvenus à trouver une formule d’accord.
Je voudrais remarquer que ma position dans la commission mixte se distingue de la position du métropolite Jean. A cette séance, comme à toutes les autres, je représente exclusivement le Patriarcat de Moscou, tandis que le métropolite Jean, étant le coprésident orthodoxe de la commission, ne représente pas seulement le point de vue du Patriarcat (de Constantinople) mais qu’il est obligé de se soucier de l'unité inter orthodoxe. Si en effet, le Patriarcat de Constantinople prend position en tant que garant d'une telle unité, alors les démarches qu’il entreprend en tant que tel, malheureusement, sont à porter à son préjudice.
Il apparaît donc que Constantinople recherche à quelque prix que ce soit à introduire subrepticement « l’Église d’Estonie dans une réunion inter orthodoxe plutôt qu’à sauvegarder l’unité de l’orthodoxie. Une fois de plus les intérêts du Patriarcat de Constantinople ont été placés au-dessus des intérêts de l’unité pan-orthodoxe.
Cela pose une nouvelle fois la question du rôle du Patriarcat de Constantinople dans la famille des Églises orthodoxes locales, de ses droits et de ses devoirs. La création d’une nouvelle Église locale et son intégration au mécanisme de dialogue entre l'orthodoxie et les non-orthodoxes, à notre avis, demandent l'accord de toute la plénitude de l'Église orthodoxe. Si le Patriarcat de Constantinople, se servant de sa primauté d'honneur, crée de manière unilatérale, des Églises autonomes sur le territoire canonique des autres Églises locales, cela ne contribue pas en aucune manière à l'unité inter orthodoxe. Puis, si le Patriarcat de Constantinople fait intégrer ces structures ecclésiales, ainsi créées, dans les commissions du dialogue entre l'orthodoxie et d'autres confessions sans coordination avec les autres Églises locales, cela aussi minera l'autorité de l'orthodoxie aux yeux de nos frères et de nos sœurs non-orthodoxes.

Quel est, à votre avis, l’avenir du dialogue orthodoxe-catholique et de la participation de l'Église orthodoxe russe à ce dialogue ?

Je pense que durant la période qui s’étendra jusqu'à la séance suivante les commissions des Patriarcats de Constantinople et de Moscou tenteront de régler la situation donnée. Si on réussit à la régler, nous pourrons participer à la séance suivante de la commission mixte.
Cependant nous nous trouvons maintenant dans une situation complexe et ambigüe. Nous ne participons pas au travail d’élaboration du texte du document, qui sera finalisé à Ravenne, c'est pourquoi nous ne pourrons pas y apposer notre signature. De quelle manière pourrons-nous alors nous joindre à l'étape suivante du dialogue, si nous sommes absents à son étape actuelle ? De quel mécanisme de contestation d’une ou de plusieurs positions du document de Ravenne pourrons-nous disposer, si nous n’étions pas d'accord avec ? Nous n’avons pas à ce jour de réponses claires à ces questions.

Contrairement à l'opinion du métropolite Jean, j’incline à penser que l'absence de la plus grande Église orthodoxe dans le dialogue, celle dont le nombre des membres excède le nombre global des membres de toutes les autres Églises orthodoxes, met en doute le caractère légitime du dialogue orthodoxe-catholique. Cela se ramène à un dialogue non avec l'Église orthodoxe, mais seulement avec une partie de celle-ci.
Je voudrais souligner que si l'Église Russe est sortie du dialogue, la faute en revient exclusivement au Patriarcat de Constantinople. Aujourd’hui donc la reprise de notre participation au dialogue dépend exclusivement de l’attitude du Patriarcat de Constantinople. »

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