Dans sa réunion du vendredi 12 octobre, lors de sa session d’automne, le Saint Synode du Patriarcat de Moscou, après avoir entendu le rapport de Mgr Cyrille sur la participation de la délégation du Patriarcat de Moscou russe à la Xème session plénière de la commission mixte orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique à Ravenne, a entériné la décision de la commission russe de quitter le dialogue à cause d'un désaccord avec le Patriarcat de Constantinople. Le site officiel du diocèse de Chersonèse a publié un communiqué sur la position de l’Église orthodoxe russe à ce sujet précisant que "le Patriarcat de Moscou n'a pas imposé la présence dans cette commission
des délégués de l'Église autocéphale orthodoxe d'Amérique et de l'Église orthodoxe autonome du Japon qui ne sont pas reconnues par le Patriarcat de Constantinople pour fin de ne pas créer de tensions et d'obstacles supplémentaires. Jusqu'à naguère, le Patriarcat de
Constantinople avait agi de la même façon avec "l'Église apostolique
autonome d'Estonie" qu'il avait créée parallèlement à l'Église
orthodoxe autonome d'Estonie reconnue par le patriarcat de Moscou". Le chef de la commission du Patriarcat de Moscou dans son interview donnée au site Internet russe NG Religii donne des explications sur le conflit qui oppose le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat de Constantinople. Nous vous proposons ci-dessous la traduction française de cet entretien.
« Le
dialogue manqué » une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev)
Votre
Éminence, pouvez-vous raconter ce que c’est passé lors de la Xème session plénière de la commission mixte
orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique à Ravenne.
Tard le soir le 8 octobre, je suis arrivé à
Ravenne. Mais le lendemain matin j’ai découvert que dans la composition de la
délégation orthodoxe de la commission mixte ont été intégrés les représentants
de la soi-disant « l'Église estonienne apostolique», créée en 1996 par le
Patriarcat de Constantinople sur le territoire canonique du Patriarcat de
Moscou. Ils étaient invités par le coprésident orthodoxe de la commission le
métropolite de Pergame Jean (Zizioulas) de manière unilatérale, sans accord des
autres Églises orthodoxes locales.
J’ai fait savoir au métropolite Jean que si ces représentants d’une instance ecclésiale
non reconnue par nous, restaient dans la liste des participants, nous serions
obligés de quitter la séance.
Puis lors la réunion générale de la délégation
orthodoxe j'ai exposé la position du Patriarcat de Moscou et j’ai souligné que
nous ne reconnaissons pas la soi-disante « Église estonienne apostolique »en
qualité de structure autonome canonique, et c'est pourquoi, si ses
représentants ne quittaient pas la séance, les délégués du Patriarcat de Moscou
y seraient obligés.
Le métropolite Jean y a répondu que selon la
décision de la conférence inter orthodoxe, si une Église quittait le dialogue,
le dialogue se prolongerait sans elle. Ainsi, il a été évident que le
Patriarcat de Constantinople s’était préparé à ce développement des évènements.
Pendant la séance plénière de la commission
mixte j'ai informé ses membres de la position du Patriarcat de Moscou au sujet
de cette question. J’ai dit que si le Patriarcat de Moscou attachait certes une
grande importance au développement du dialogue théologique avec l'Église
catholique, la participation commune en séance officielle des
délégués du Patriarcat de Moscou et de cette soi-disant « Église estonienne apostolique
» signifierait une reconnaissance
implicite par le Patriarcat de Moscou de la canonicité de cette structure
ecclésiale, et que nous serions donc obligés de quitter la séance. J'ai également
déclaré que le Patriarcat de Moscou serait prêt à reprendre sa participation au
travail de la commission mixte, dès que le patriarcat changeait la position.
Après cela notre délégation a quitté la salle d'audience.
Ni à Baltimore en 2000, ni à Belgrade en 2006
les délégués de « l'Église estonienne apostolique» n’avaient participé, et je
ne comprends pas pourquoi le Patriarcat de Constantinople les a intégrés dans
la composition des membres orthodoxes de la commission lors la présente
rencontre.
J’ai alors proposé un compromis au métropolite
Jean : inscrivez les représentants de l'Estonie dans la composition de la
délégation du Patriarcat de Constantinople. Le métropolite Jean a refusé. De
son côté il proposait que les "Estoniens" participent, mais que dans
la liste des participants nous inscrivions la remarque que le Patriarcat de
Moscou ne les reconnaît pas en qualité d’Église autonome. Mais même cela, nous
ne pouvions pas accepter. Nous ne sommes donc finalement pas parvenus à trouver
une formule d’accord.
Je voudrais remarquer que ma position dans la
commission mixte se distingue de la position du métropolite Jean. A cette
séance, comme à toutes les autres, je représente exclusivement le Patriarcat de
Moscou, tandis que le métropolite Jean, étant le coprésident orthodoxe de la
commission, ne représente pas seulement le point de vue du Patriarcat (de
Constantinople) mais qu’il est obligé de se soucier de l'unité inter orthodoxe.
Si en effet, le Patriarcat de Constantinople prend position en tant que garant
d'une telle unité, alors les démarches qu’il entreprend en tant que tel,
malheureusement, sont à porter à son préjudice.
Il apparaît donc que Constantinople recherche à
quelque prix que ce soit à introduire subrepticement « l’Église d’Estonie
dans une réunion inter orthodoxe plutôt qu’à sauvegarder l’unité de
l’orthodoxie. Une fois de plus les intérêts du Patriarcat de Constantinople ont
été placés au-dessus des intérêts de l’unité pan-orthodoxe.
Cela pose une nouvelle fois la question du rôle
du Patriarcat de Constantinople dans la famille des Églises orthodoxes locales,
de ses droits et de ses devoirs. La création d’une nouvelle Église locale et
son intégration au mécanisme de dialogue entre l'orthodoxie et les
non-orthodoxes, à notre avis, demandent l'accord de toute la plénitude de
l'Église orthodoxe. Si le Patriarcat de Constantinople, se servant de sa
primauté d'honneur, crée de manière unilatérale, des Églises autonomes sur le
territoire canonique des autres Églises locales, cela ne contribue pas en
aucune manière à l'unité inter orthodoxe. Puis, si le Patriarcat de
Constantinople fait intégrer ces structures ecclésiales, ainsi créées, dans les
commissions du dialogue entre l'orthodoxie et d'autres confessions sans
coordination avec les autres Églises locales, cela aussi minera l'autorité de
l'orthodoxie aux yeux de nos frères et de nos sœurs non-orthodoxes.
Quel est,
à votre avis, l’avenir du dialogue orthodoxe-catholique et de la participation de l'Église orthodoxe
russe à ce dialogue ?
Je pense que durant la période qui s’étendra
jusqu'à la séance suivante les commissions des Patriarcats de Constantinople et
de Moscou tenteront de régler la situation donnée. Si on réussit à la régler,
nous pourrons participer à la séance suivante de la commission mixte.
Contrairement à l'opinion du métropolite Jean,
j’incline à penser que l'absence de la plus grande Église orthodoxe dans le
dialogue, celle dont le nombre des membres excède le nombre global des membres
de toutes les autres Églises orthodoxes, met en doute le caractère légitime du
dialogue orthodoxe-catholique. Cela se ramène à un dialogue non avec l'Église
orthodoxe, mais seulement avec une partie de celle-ci.
Je voudrais souligner que si l'Église Russe est
sortie du dialogue, la faute en revient exclusivement au Patriarcat de
Constantinople. Aujourd’hui donc la reprise de notre participation au dialogue
dépend exclusivement de l’attitude du Patriarcat de Constantinople. »

