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mar. 30 oct. 2007

Un entretien avec Mgr Hilarion (Alfeyev) sur la rencontre de Ravenne et ses conséquences

Un entretien avec Mgr Hilarion (Alfeyev), chef de la délégation du Patriarcat de Moscou à la rencontre de la commission mixte orthodoxe-catholique à Ravenne (voir les liens en fin de note), a été publié il y a peu par l’agence Interfax. En voici la traduction du russe (texte original, in english) avec son introduction. 

« La dixième session de la commission mixte pour le dialogue théologique orthodoxe-catholique s’est récemment terminée à Ravenne (Italie). La délégation du Patriarcat de Moscou a quitté la session en signe de protestation contre la participation aux travaux de la commission de représentants de l’ « Église estonienne apostolique», créée en 1996 par le Patriarcat de Constantinople sur le territoire canonique du Patriarcat de Moscou. Ce geste a provoqué de vives critiques de la part de Constantinople.

L'un des principaux sujets de discussion était le problème de la primauté dans l'Eglise universelle et la rédaction finale du document "Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Eglise", qui avait été examiné par les participants au dialogue au cours de la rencontre organisée à Belgrade en septembre 2006. Un désaccord avait alors été provoqué par la formulation utilisée dans un paragraphe consacré à l'autorité des conciles œcuméniques et plus particulièrement au parallélisme entre la "communion avec Rome" pour les Eglises locales d'Occident et la "communion avec Constantinople" pour les Eglises orthodoxes, formulation à laquelle les représentants russes s'étaient vivement opposés.

Dans son entretien avec Interfax, l'évêque Hilarion de Vienne et d'Autriche, représentant de l'Eglise orthodoxe russe auprès des organisations internationales européennes, discute de la responsabilité de l'échec de la rencontre de Ravenne et des raisons pour lesquelles Constantinople s'intéresse au problème de la primauté dans le monde orthodoxe.

- Monseigneur, récemment le métropolite Jean de Pergame (Patriarcat de Constantinople), en réponse à la décision de l'Eglise russe de quitter la rencontre de Ravenne, l'a accusée d'autoritarisme. Comment avez-vous réagi à sa déclaration ? 

- Le métropolite Jean de Pergame, en tant que coprésident de la commission mixte pour le dialogue orthodoxe-catholique, porte la responsabilité de la rupture du dialogue. Ses commentaires ainsi que le texte final du document finalisé à Ravenne sans la participation du Patriarcat de Moscou peuvent même donner l'impression que le patriarcat de Constantinople a délibérément poussé le Patriarcat de Moscou à quitter le dialogue, pour pouvoir prendre des décisions qui auraient été impossibles avec la participation du Patriarcat de Moscou.

- De quoi s'agit-il plus précisément ? 

- On peut citer comme exemple le 39° paragraphe du document, qui dit qu'après la rupture entre l'Occident et l'Orient au XI° siècle, la convocation d'un "concile œcuménique" au sens strict du terme est devenue impossible, mais que cependant "les deux Eglises continuaient à convoquer des conciles dans les moments de crise grave. A ces conciles participaient les évêques des Eglises locales qui se trouvaient en communion avec le siège de Rome, et de façon similaire, même si cela était compris d'une manière différente, les évêques des Eglises locales qui se trouvaient en communion avec le siège de Constantinople." Déjà, à la session de la commission mixte à Belgrade en 2006, j'avais émis une série d'objections de principe à ce sujet. Dans la tradition orthodoxe, la communion avec le siège de Constantinople n'a jamais été perçue comme une condition obligatoire de catholicité à la façon dont l'était, pour les Eglises d'Occident, la communion avec le siège de Rome.
Le modèle ecclésiologique de l'Eglise orthodoxe est fondamentalement différent du modèle catholique romain, et le patriarche de Constantinople n'a jamais joué dans l'Eglise orthodoxe le rôle que joue l'évêque de Rome dans l'Eglise catholique. Le critère de catholicité dans l'Eglise orthodoxe a toujours consisté dans la communion eucharistique et canonique des Eglises locales entre elles, et non pas dans la seule communion avec le siège de Constantinople. De plus, il y a eu des périodes dans l'histoire où l'une ou l'autre des Eglises locales ne se trouvait plus en communion avec le siège de Constantinople, sans pour autant perdre la plénitude de sa catholicité. En particulier, au milieu du XV° siècle, après le concile de Ferrare-Florence, quand le patriarche de Constantinople a signé l'union avec Rome, l'Eglise de Russie a cessé de facto d'être en communion avec Constantinople, tout en restant néanmoins en communion avec les autres Eglises locales. 
A Belgrade, la rédaction finale du texte avait été confiée au comité de rédaction de la commission mixte. En février 2007, le comité de rédaction a proposé une formulation qui était acceptable pour le Patriarcat de Moscou. Cependant, cette formulation ne satisfaisait pas le Patriarcat de Constantinople, puisque le texte ne faisait plus référence à la "communion avec le siège de Constantinople". En l'absence de la délégation du Patriarcat de Moscou, la version du comité de rédaction a été rejetée, et le texte contre lequel s'était élevée l'Eglise russe a été à nouveau inséré dans le document final. 

- Pourquoi le Patriarcat de Constantinople s'intéresse-t-il tant au problème du primat dans l'Eglise, ce qui en pratique conduit à imposer le patriarche de Constantinople comme "pape d'Orient" ? 

- Le Patriarcat de Constantinople s'intéresse beaucoup à la discussion du problème du primat dans l'Eglise universelle, puisqu'il espère, dans le cadre du dialogue orthodoxe-catholique, obtenir des Eglises locales orthodoxes une conception du primat qui élargirait ses droits historiques. Jusqu'à aujourd'hui, les Eglises orthodoxes reconnaissaient au Patriarcat de Constantinople uniquement une primauté d'honneur. Cependant, le métropolite Jean a émis dans une interview l'opinion selon laquelle le concept de "primauté d'honneur" ne correspond pas aux canons orthodoxes. 
Constantinople veut nous imposer un modèle ecclésiologique qui n'a jamais existé dans la tradition orthodoxe, et qui est plus proche du modèle centralisateur de l'Eglise catholique romaine. Dans un tel modèle, le rôle de "pape d'Orient" serait joué par le patriarche de Constantinople. 

- Mais les autres Eglises locales seront-elles d'accord ? 

- La question de savoir si les autres Eglises locales accepteront le nouveau modèle imposé par le Patriarcat de Constantinople au moyen du dialogue orthodoxe-catholique trouvera sa réponse à l'issue de la prochaine étape du dialogue, qui commencera en 2009. Mais il est clair dès aujourd'hui que l'absence du Patriarcat de Moscou facilitera beaucoup la mise au point d'un tel modèle. » 

Traduit du russe pour Orthodoxie.com

Sur ce même sujet, nous avons publié notamment : Progrès dans le dialogue avec les catholiques romains selon le Patriarcat œcuménique ; «Dialogue manqué» - une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev) ; «Le cas de l’absorption ecclésiale aux Pays Baltes, en Estonie et en Lettonie, au nom de l’“uniformité” de l’Église nationale» - par l’archimandrite Grégoire Papathomas ; Histoire et présent de l’Eglise orthodoxe en Estonie selon le Patriarcat de Moscou ; Communiqué de l’Eglise orthodoxe d’Estonie (EAÕK).

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