Une rencontre en forme de rendez-vous avec l’histoire. Mgr Cyrille à Paris. Quand parle l’épiscopat.
Ce samedi, à Paris donc. L’Orient chrétien à l’honneur, en débat, en perspective. Un demi-millier de personnes ayant bravé la grève. Le grand auditorium de l’Institut du Monde arabe plein. La veille, le vendredi, à l’Alliance française, Bernard Kouchner avait tenu à ouvrir en personne, et par une libre parole sur sa dernière visite à Beyrouth, ce colloque placé sous le patronage du Quai d’Orsay et de l’Institut Européen d’Histoire et Science des Religions. Manière de donner raison à Régis Debray puisque ces deux journées de rencontres continuaient la mission d’État qu’il avait menée à Jérusalem, Amman, Damas, Beyrouth au printemps dernier. Je l’avais alors accompagné dans ce périple comme je l’ai fait dans cette nouvelle aventure, assuré de ce qu’il faut nommer l’extrême justice de son regard sur le drame que représenterait la mort du christianisme là où il est né : une affaire non pas confessionnelle, mais une affaire de civilisation.
Une affaire universelle. Une affaire n’appelant ni l’indifférence, ni l’ingérence, mais la disponibilité. Car le tiers exclu par tous que sont les Chrétiens d’Orient s’avère toujours plus le tiers indispensable à tous dans la région, aux Israéliens et aux Palestiniens, mais aussi aux autres clivages qui la déchirent, intérieurs à une foi, comme entre sunnites et chiites, ou transversaux à l’ensemble des sociétés, comme entre fondamentalistes et laïques. Cette feuille de route, ainsi que la méthode éprouvée lors des précédentes rencontres (« parler de ce qui fâche sans se fâcher ») a guidé les interventions et les échanges. A commencer par la table ronde qui a réuni, autour des journalistes Djenane Kareh Tager et Slimane Zéghidour, Claude Klein, de l’université hébraïque de Jérusalem, et Elias Sanbar, Délégué de la Palestine à l’Unesco, Paul Thibaud, président de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, et le métropolite Georges Khodr, archevêque du Mont-Liban sur une thématique habituellement des plus disputées : « Antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme ». Mais il faudrait aussi citer la volonté de pédagogie partagée, quoique à contextes renversés, du patriarche Michel Sabbah et du père Emile Shoufany ; la lumineuse intelligence, comme attendu, de la fresque brossée par Henry Laurens du Collège de France ; le fort décryptage du cas jordanien, fourmillant de surprises et découvertes, mené avec acuité par Géraldine Chatelard, de l’Institut Français du Proche-Orient ; sans oublier les très diplomatiques et néanmoins percutantes réflexions de nos ambassadeurs Alain Dejammet, Pierre Morel ; et, au rayon émotion, le témoignage du Père Vénard, de l’École Biblique sur la complexité théologique, les confidences murmurées de l’évêque latin de Bagdad sur la réalité de l’exode irakien ou, au contraire, l’exhortation tonnante du Père Paolo, ermite à Mar Moussa, en Syrie, sur « l’inoxidabilité de l’altérité ». La déclaration du Parlement Européen sur la tragédie encourue par les Églises d’Orient est heureusement survenue à cette rencontre décisive. Un moment sur lequel flottait comme un rendez-vous avec l’essentiel, si ce n’était avec l’histoire.
Autre rencontre, dialogue et débat. Avec Mgr Cyrille de Smolensk, présent à Paris. J’y reviendrais. Bien sûr.
Mgr Joseph sur Radio-Vatican. S’élevant contre l’horreur. Trouvant les mots justes pour dénoncer la vague de xénophobie sans précédent qui agite l’Italie et qui frappe en premier lieu les Roms et les Roumains. Des mots pastoraux. Des mots spirituels. Des mots d’épiscope.
Jean-François Colosimo


