Le groupe
de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée s’est réunie du 31 octobre au 4
novembre (3ème
rencontre, 2ème
rencontre). Nous publions ci-dessous le communiqué de presse diffusé à la
suite de celle-ci.
« La
quatrième rencontre du Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée
s’est tenue du 31 octobre au 4 novembre en Serbie, à l’invitation de son
coprésident orthodoxe, l’évêque Ignace (Midič) de Braničevo. La session s’est ouverte par
une visite de la Faculté de théologie de Belgrade, où les membres du Groupe de
travail ont été accueillis par le doyen de la Faculté, l’évêque Irénée
(Bulovič) de Bačka, et par l’archevêque catholique à Belgrade, Stanislav Hočevar.
Les membres du Groupe se sont ensuite rendus à Velika Plana où étaient
organisées leurs séances de travail, qui bénéficièrent du cadre spirituel du
monastère tout proche de Pokajnica.
Le thème de la quatrième session du Groupe de travail
était « Doctrine et pratique de la primauté au Moyen Âge ». Il
prolongeait une série de discussions, commencées lors de la dernière rencontre
à Chevetogne, consacrées à l’examen du développement de la doctrine de la
primauté dans le contexte concret de la pratique de celle-ci. La session de
cette année a abordé les évolutions liées à la Réforme grégorienne, le conflit
entre la papauté et le conciliarisme en Occident, la signification des conciles
d’union de Lyon (1274) et de Ferrare-Florence
(1438-1439), et finalement les positions prises par les théologiens orientaux
et occidentaux de cette période.
On a noté l’impossibilité de décrire le développement
du rôle de l’évêque de Rome
et la genèse de l’idée d’un ministère papal centralisé dans l’Église, sans
tenir compte du contexte politique et social du Moyen Âge. Ainsi, la Réforme
grégorienne fut déterminée par la volonté de répondre à des abus au sein de
l’Eglise occidentale. Au cours de ce processus, les papes de l’époque ont
progressivement contenu l’influence des puissances séculières d’Occident sur
l’Église, ce qui augmenta leur propre autorité. Les membres orthodoxes du
groupe ont, de leur côté, porté un regard critique sur l’inflation du pouvoir
de l’évêque de Rome
qui en résulta : il a eu également des conséquences sur son rôle dans
l’Église entière, en dépit des intentions positives de la Réforme grégorienne.
Le rôle central du pape en Occident n’est pas seulement le résultat du conflit
avec les détenteurs du pouvoir séculier : de nouvelles structures spirituelles
et culturelles, comme par exemple les ordres mendiants et les universités,
l’ont également renforcé.
Tel
est, au Moyen Age, le contexte de la modification fondamentale de la fonction
primatiale de l’évêque de Rome. Le
pape assuma de plus en plus de fonctions qui étaient originellement celles de
l’évêque local. C’est à lui que l’on faisait appel directement, c’est lui qui
intervenait lorsque des problèmes surgissaient dans une Eglise locale. Ces
circonstances expliquent pourquoi les papes de l’époque revendiquèrent de plus
en plus une fonction épiscopale à l’égard de l’Église universelle. La
distinction entre la fonction primatiale et la fonction épiscopale fut perdue
de vue.
De même, les conciles de Lyon II et de Ferrare-Florence doivent être
compris dans leur contexte. Comme tentative de restaurer l’unité de l’Église,
le Concile de Ferrare-Florence est un échec. Mais il est positif que les
questions discutées alors constituent un programme pour le dialogue, reconnues
comme telles, sans hésiter, par les deux Églises débattant sur un plan
d’égalité.
Parmi les facteurs qui conduisirent à la division
entre orthodoxes et catholiques, il ne faut pas sous-estimer les problèmes
canoniques, à côté des différences dogmatiques et liturgiques. L’émergence de
structures canoniques parallèles est liée à la conscience d’une opposition
entre deux Églises, alimentée par des différences théologiques. Le schisme
entre l’Orient et l’Occident ne fut consommé qu’au moment de la création de
hiérarchies parallèles. La question de l’établissement de structures canoniques
à l’époque des Croisades réclame encore une évaluation historique pour
clarifier plus précisément l’intention avec laquelle des évêques latins ont été
nommés en Orient.
D’une façon générale, les discussions ont clairement
montré que, pour comprendre les principaux énoncés relatifs à la papauté
médiévale, il est indispensable de les situer dans leur contexte historique
particulier, du poids qu’on leur accordait à l’époque, et des effets qu’ils
produisirent. Une distinction doit être établie entre la pratique de la
primauté, telle qu’elle s’est développée en réaction à des circonstances
historiques déterminées, et la nature de celle-ci. Une voie doit être trouvée
pour dépasser certaines positions du passé et intégrer dans une compréhension
commune de la primauté les éléments essentiels conservés dans les deux
traditions. Dans cette perspective, les membres du Groupe de travail ont
discuté de la façon dont pourrait s’exercer la primauté lorsque la pleine
communion serait retrouvée.
Le Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée
a été fondé à Paderborn
(Allemagne) en 2004. Il rassemble 13 théologiens orthodoxes (des patriarcats de Constantinople, Antioche, Moscou, Serbie,
Roumanie et Bulgarie, des Églises orthodoxes de Grèce, de Pologne, des
territoires Tchèques et Slovaques, d’Estonie, ainsi que de l’Église orthodoxe
en Amérique) et 13 théologiens catholiques (d’Allemagne, d’Autriche, de
Belgique, de France, d’Italie, des Pays-Bas, de Pologne et des Etats-Unis). La
seconde rencontre du groupe de travail s’est tenue en novembre 2005 au
monastère Penteli à Athènes (Grèce), et la troisième en décembre 2006 au
monastère bénédictin de Chevetogne (Belgique).
A l’issue de la session les
membres du groupe de travail ont participé à des célébrations eucharistiques
orthodoxe et catholique à Belgrade .
Au nom des participants, l’évêque Gerhard Feige de Magdebourg (Allemagne),
coprésident du Groupe de travail, a remercié l’évêque de Braničevo pour son
hospitalité, ainsi que l’organisation « Renovabis » et la
Fondation-Konrad-Adenauer pour leur soutien financier. La prochaine session du Groupe de travail est prévue
en novembre 2008 à Vienne.»
Photographie : les participants à cette rencontre

