Homélie du patriarche Bartholomée pour le 60e anniversaire du Conseil œcuménique des Eglises
Dimanche
17 février, dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève, le patriarche œcuménique de
Constantinople Bartholomée a prononcé une homélie à
l’occasion du 60e anniversaire du Conseil œcuménique des
Eglises. Les métropolites Emmanuel, président de l’Assemblée de des évêques
orthodoxes de France, et Jérémie de Suisse étaient présents.
Il
a notamment rappelé : « Qui aurait imaginé qu’un
jour prendrait forme l’appel lancé en 1920 par l’Église de Constantinople «A
toutes les Églises du monde», les invitant, au lendemain de la
fratricide Première guerre mondiale, à former une «Ligue d’Églises»? Une
«Koinonia/Communion d’Églises», selon le modèle de la «Société des nations»,
fondée la même année en cette ville accueillante de Genève, dans le but de
surmonter méfiance et amertume, de se rapprocher les unes des autres, de créer
des liens fraternels entre elles, et de promouvoir ainsi leur coopération.
Comme cette Encyclique, disait «Il faut réveiller et affermir la charité
chrétienne entre les Églises, afin qu’elles ne considèrent plus les autres
Églises comme des étrangères, mais comme des proches parentes, appartenant en
Christ à la même famille, cohéritières, membres d’un seul corps, participant à
la même promesse en Jésus Christ ». »
Il
a également observé : « Au cours de ces années de labeur intense
et de moissons riches, deux tendances bien distinctes se sont profilées dans la
marche du Conseil. L’une, pour ainsi dire «ecclésiastique», qui voulait
centrer le problème œcuménique autour de la préoccupation d’aboutir le plus
rapidement possible à une unité doctrinale et organique des Églises
particulières existantes, et qui mettait l’accent sur le contenu de la foi, ainsi
que sur l’ordre et la structure de l’Église; et l’autre, plus pragmatique qui,
reconnaissant les difficultés objectives de parvenir à une unité dogmatique,
considérait que l’essence même de l’œcuménisme se trouvait dans l’action des
Églises «dans le monde et pour le monde», et se mobilisait pour rendre
les fidèles conscients de la présence du Christ à la base de toute action
sociale, scientifique et politique. Pourtant, lors des débats
interminables et animés entre adeptes de ces deux écoles de pensée sur la
nature et la mission du Conseil, d’autres voix s’élevaient, surtout du côté de
l’Orient orthodoxe, pour signaler qu’un œcuménisme qui choisirait exclusivement
l’une ou l’autre de ces deux tendances, trahirait les principes fondamentaux de
l’œuvre œcuménique et n’apporterait aucune contribution essentielle aux Églises
en marche vers leur unité. Cette unité qui n’est pas un but en soi, mais qui
est mise au service, à la fois, des Églises et du monde, sans séparation entre
le sacré et le profane, entre l’éternel et le temporel. Le vrai œcuménisme,
affirmaient ces voix, est celui qui tout en se mobilisant pour l’unité
chrétienne, ne cesse pas en même temps de se soucier des maux dont souffre le
monde d’aujourd’hui.» »
Dans
sa conclusion, il a notamment posé une série de questions : « Aujourd’hui
ce qui nous préoccupe tous, ainsi que toutes nos Églises, c’est la vision de
l’avenir du Conseil. Et nous nous posons plusieurs questions, sérieusement,
avec respect et avec un sens de responsabilité : Est-ce que nos Églises,
60 ans plus tard, souhaitent toujours la présence du Conseil dans leur vie
ecclésiastique? Et si oui, quelles sont leurs attentes du Conseil ? Comment
voient-elles son avenir ? Envisageons-nous un autre Conseil ? Un
Conseil différent et diversifié, nouveau et renouvelé ? Un Conseil plus
pragmatique et plus efficace? De quel genre de Conseil nos Églises ont-elles
besoin?
Sommes-nous
prêts, en tant qu’Églises membres, à nous rallier aux conclusions de la
Commission Spéciale qui suggère que le moment est venu, que le kairos
est parfaitement approprié, pour que le Conseil œcuménique des Églises
rassemble ses Églises membres dans un espace œcuménique où la confiance
pourra s’établir et se développer; où les Églises pourront développer et mettre
à l’épreuve des faits leurs propres conceptions du monde, leurs pratiques
sociales particulières ainsi que leurs traditions liturgiques et
doctrinales tout en restant distinctes les unes des autres et en
approfondissant leur rencontre les unes avec les autres ?
Sommes-nous
aujourd’hui en mesure, en tant qu’Églises membres, de réaffirmer le rôle du
Conseil comme un espace œcuménique privilégié où les Églises créeront librement
des réseaux de diaconie et de défense et promotion de certaines valeurs et
mettront leurs ressources matérielles à la disposition les unes des autres; où,
par le dialogue, les Églises continueront à briser les barrières qui les
empêchent de se reconnaître mutuellement comme Églises qui confessent la foi
commune, administrent un même baptême et célèbrent l’eucharistie commune afin
que la communauté qu’elles constituent puisse devenir une communion dans la
foi, la vie sacramentelle et le témoignage?
Sommes-nous
prêts à renouveler notre confiance à ce Conseil qui est le nôtre, comme un
instrument utile et nécessaire pour essayer de donner des réponses aux
questions sociales et éthiques, dans la mesure où il permet aux Églises, malgré
leur diversité ecclésiologique, de réaffirmer qu’elles appartiennent à une
communauté fraternelle du fait qu’elles confessent ensemble le Seigneur
Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur, pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et
Saint Esprit, ainsi que pour renouveler leur volonté de demeurer ensemble afin
de développer l’amour qu’elles ont les unes pour les autres ? »
(Texte
intégral)
(Vœux
du patriarche Alexis de Russie pour cette même occasion)
Photographie : le patriarche Bartholomée lors de son homélie (source, autres photographies)


























