Recension : Constantin Andronikof, Gnoséologie et méthodologie
Constantin Andronikof, "Gnoséologie et méthodologie. Que sais-je ? Pourquoi et comment ?", Préface de Marc Andronikof, L’Age d’Homme, Lausanne, 2008, 151 p.
Que ce soit comme interprête (il fut l’interprête, pour la Russie et les pays anglophones, de plusieurs présidents de la République : le général De Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, et le fondateur d’une école d’interprétation qui donna aux interprêtes un véritable statut), comme traducteur (des œuvres du P. Paul Florensky, du P. Serge Boulgakov, de Nicolas Berdiaev, et de la volumineuse "Histoire de la philosophie russe" du P. Basile Zenkovsky), comme auteur d’œuvres littéraires et théologiques, comme professeur et comme doyen de l’Institut de théologie Saint-Serge, le prince Constantin Andronikof (1916-1997) fut un homme d’une grande rigueur, et les qualités de sa personnalité et de son travail ont été célébrées par ses amis et collaborateurs dans un volume d’hommage paru il y a quelques années aux éditions L’Age d’Homme, L’oreille du Logos.
À l’Institut Saint Serge, où il enseignait depuis 1971 la théologie liturgique, il lui fut proposé d’aborder aussi l’Apologétique. Il décida de le faire sous l’angle de la méthode, «c’est-à-dire de la voie que doit suivre le théologien dans son étude et dans son exposé pour être à la fois intelligible et conforme à la vérité». Cela donna lieu à une réflexion sur la connaissance en général, qui s’étendit sur plusieurs années, et à une matière d’enseignement spécifique dénommée «Gnoséologie». Lorsque, en 1990, Constantin Andronikof délégua son cours de liturgie à son assistant André Lossky, il conserva jusqu’en 1996, sa dernière année à l’Institut Saint-Serge, sa chaire de Gnoséologie. L’année même de son décès (1997) il abandonna une étude d’anthropologie en cours pour rédiger ses leçons en russe, ce qui montre non seulement l’importance mais la priorité qu’il accordait à ce thème.
Ce volume est la publication posthume de ce cours sous sa forme française originelle, et de quelques articles et discours qui le prolongent ou le résument.
Formé à l’école de la «philosophie religieuse» russe de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, élève et disciple du P. Serge Boulgakov, Constantin Andronikof ne pouvait qu’être préoccupé par les relations entre la philosophie et la théologie, entre la raison et la foi, entre la raison et le Logos, entre le sujet et l’objet, ou entre « la vérité, la foi et le bon sens », ainsi que par les nombreux autres thèmes qui font dans ce livre l’objet de sa réflexion. On s’aperçoit cependant que les problèmes abordés ici ont toujours été ceux de la théologie chrétienne dans ses inévitables rapports avec la philosophie (notamment lorsque les Pères se sont trouvés confrontés à la philosophie grecque sous ses différentes formes) et avec la science. Cette réflexion est importante par rapport à ces relations toujours délicates, mais également dans le cadre du dialogue entre la théologie orthodoxe et la théologie catholique et protestante, dont les méthodes diffèrent considérablement. Elle est utile comme présupposé à toute réflexion théologique : premièrement afin de bien percevoir la spécificité de celle-ci (laquelle peut se résumer dans son respect de la Vérité révélée d’une part et dans son nécessaire rapport à l’expérience spiritiuelle ecclésiale et personnelle d’autre part) ; deuxièmement afin de donner à son exposé la clarté, l’ordre et la rigueur nécessaires à l’efficacité et à la justesse de sa communication.
La réflexion de Constantin Andronikof retient d’autant plus l’attention que les questions de méthodologie pure n’ont pratiquement jamais été abordées par les théologiens orthodoxes.
Jean-Claude Larchet

























