« Mort de Zoé Krakhmalnikova à Moscou | Accueil | Vers la disparition de l’araméen en Syrie ? »

mar. 22 avr. 2008

Bloc-notes de Jean-François Colosimo du 21 avril 2008

Un bloc exceptionnel, en cette Semaine Sainte, alors que le Carême m’inclinait au silence, au moins dans ces colonnes, mais actualité oblige… Me voilà forcé au commentaire… Qu’appelle indéniablement l’annonce de « la décision du Saint Synode de l’Eglise orthodoxie russe de créer un  séminaire  à Paris » (Orthodoxie.com, 15/04/08).

Un « séminaire orthodoxe russe » à Paris ? Mais n’y en a-t-il pas déjà un, à savoir Saint-Serge, même si Saint-Serge n’est pas que cela ? Et cette fondation voulue par Moscou, comment s’articulera-t-elle à l’Institut ? A côté de lui, dans l’indifférence ? Contre lui, dans une hostilité plus ou moins affirmée ? Avec lui, dans le respect des différences ? D’où les considérations qui suivent, qui sont à prendre plus que jamais en bloc, dans la continuité, selon un ordre des raisons qui va du réel au réalisme, en passant par les réalités:

1.  Ce projet, nous dit-on, viserait à la création d’une communauté de vie pour des étudiants en théologie envoyés par l’Eglise de Russie en France. Le but ? Qu’ils puissent y parfaire leur éducation dans un climat international. Plus précisément, qu’ils bénéficient des ressources spirituelles, académiques, intellectuelles de la capitale, qu’ils intègrent les acquis scientifiques, méthodologiques et critiques des grands lieux d’enseignement ou de recherche, qu’ils expérimentent les dialogues inter-orthodoxe, œcuménique, inter-religieux dans le cadre des valeurs républicaines de laïcité. En soi, tel que décrit, ce projet répond  a priori à de vrais besoins  et à des évolutions souhaitables.

2. La légitimité d’une telle entreprise ne peut tenir cependant qu’à un engagement vérifié à l’ouverture. L’acquisition projetée, pour être valable, doit dépasser le simple apprentissage des techniques, limité et indécidable, pour enclencher une authentique dynamique de partage des valeurs.

3.  C’est là qu’intervient Saint-Serge. Ce n’est pas seulement que l’Institut  représente une réalité incontournable de la vie religieuse et culturelle française comme européenne au point qu’il serait difficile de ne pas l’intégrer, à la périphérie, dans ce projet. Il en est naturellement l’interlocuteur, non pas exclusif, mais premier. En amont, d’abord : Saint-Serge est le dépositaire de l’héritage de la théologie russe prérévolutionnaire. En aval, ensuite : Saint-Serge est fort d’avoir accompli un  cheminement analogue au cours de ses soixante-dix ans d’existence. Par vocation, enfin : Saint-Serge est, de soi, soucieux du rayonnement de la tradition qu’il représente dans l’ensemble du monde orthodoxe. Aussi le projet d’un « séminaire orthodoxe russe à Paris » ne saurait-il se concevoir  autrement qu’en cohérence avec l’Institut.

4. Fermement inscrit dans l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes d’Europe occidentale sous le Patriarcat de Constantinople, résolument engagé dans les diverses dimensions de la vie publique au sein de l’hexagone comme de l’Union européenne, Saint-Serge devrait donc se réserver d’examiner, dans une attitude de disponibilité attentive, ce projet.

5.  Pour autant, il est des obstacles qui nuisent, pour l’heure, à la sérénité d’un tel examen. On fait ainsi écho, du côté russe, de la crainte,  de voir les possibles étudiants exposés à un discours par trop polémique sur l’orthodoxie russe ou par trop irénique sur la modernité. Sans manquer aux impératifs de la discussion, un dialogue apaisé peut être facilement recherché sur ces sujets. Mais on souligne par ailleurs, du côté français, qu’un certain unilatéralisme russe n’est pas fait pour rassurer et que les descriptions concurrentes du projet de « séminaire » qu’on a pu lire ici ou là, même si l’on invoque la diversité des horizons culturels, ont conforté ce trouble. De nécessaires clarifications sont attendues sur ces points et d’autant plus que le débat et la transparence sont précisément deux des « valeurs » fondamentales en jeu dans l’ouverture. 

6.  Il ne semble y avoir qu’une seule bonne méthode pour envisager la possibilité de définir un accord de coopération, lucide et exigeant, apte à satisfaire les deux parties dans un esprit de respect mutuel tout en actant la reconnaissance  réciproque de leur qualité de partenaires naturels : que cet accord soit défini à la fois bilatéralement et en étroite concertation avec les autres institutions qui ont été pressenties pour être associées à ce projet et qui sont  indispensables à sa pleine validation, dont les pouvoirs publics, les établissements universitaires d’Etat et les autorités religieuses, à commencer par l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes d’Europe occidentale et l’AEOF, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. 

7.  Il va de soi qu’un tel programme de collaboration internationale avec l’Eglise de Russie ne saurait obérer ceux que l’Institut a d’ores et déjà développés, avec par exemple l’Eglise de Roumanie dans le cadre de l’Union européenne ou ceux qu’il projette d’établir, notamment avec le Patriarcat d’Alexandrie en Afrique dans le cadre de la francophonie. Aucune de ces missions, dont chacune représente une dimension historique de l’orthodoxie d’expression française, ne saurait pour autant limiter sa  diaconie envers l’ensemble de l’orthodoxie.   

8.  Pour résumer, la Russie est constitutive du passé de Saint-Serge, mais la théologie de Saint-Serge peut représenter pour la théologie russe un ferment positif d’avenir. C’est dans cette articulation que se joue une manière renouvelée de concevoir les rapports intra-orthodoxes en ce début de XXIe siècle qui pourrait valoir modèle dans d’autres situations.
Vouloir ignorer ou vouloir détourner cet enjeu serait pareillement malheureux et signe d’un esprit à courte vue, contraire à la conscience des véritables urgences sous lesquelles peine le plérôme orthodoxe. Conscience qui, aujourd’hui comme hier et demain, fait toute la liberté de Saint –Serge, pour et dans l’Eglise du Christ, seul Seigneur. 

Jean-François Colosimo

Lieux de culte orthodoxe en France

Pour recevoir les mises à jour du site

Albums Photos

.

  • Nos albums de photographies
    www.flickr.com
    Voici un module Flickr utilisant des photos et des vidéos publiques de Orthodoxie.com. Créez votre module ici.
  • Nos 9 dernières vidéos



  • Moovement.fr le moteur de recherche d'offres d'emploi et de stages