Recension: Stavros Fotiou, «L’Église dans le monde moderne»
Stavros. S. Fotiou, «L’Église dans le monde moderne», Paris, Éditions du Cerf, 2008, 90 p.
Stravros Fotiou, professeur associé au Département d’éducation de l’Université de Chypre, est bien connu dans le monde grec comme l’auteur d’ouvrages consacrés à l’amour conjugal, publiés pour la plupart aux éditions Armos.
«L’Église dans le monde moderne», comporte trois études consacrées à un autre thème : le témoignage que peut et doit apporter l’Église au monde d’aujourd’hui, à bien des égards en crise. L’auteur applique ici à différentes sphères (la société, l’État, la nature), en le vulgarisant, le principe de base de la philosophie personnaliste qu’ont développé ses deux maîtres, Christos Yannaras et Jean Zizioulas : l’opposition à l’individualité (comprise comme repli sur soi et égoïsme) de la personnéité (comprise comme ouverture à l’autre et mode d’existence en relation).
La première de ces études présente l’Église comme un mode de vie alternatif proposé à toute l’humanité pour dépasser le système de vie actuel qui est dominé par la technique et se révèle être une impasse. L’auteur souligne que l’être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est une personne, c’est-à-dire un être qui existe toujours par rapport aux autres êtres, et dont l’existence signifie coexistence. La personne vit et existe non seulement avec les autres, mais à travers les autres et pour les autres. En conséquence, l’individualisme constitue un «estrangement» et le collectivisme une aliénation. L’unicité et l’absolue altérité de la personne se manifestent dans la relation aux autres. Ainsi, toute catégorisation de la personne selon la similitude, l’organisation numérique ou la subdivision utilitaire est à exclure.
La deuxième étude montre comment l’Église comprend son témoignage dans l’Histoire et dans ses relations avec l’État. Pour l’Église, l’Histoire n’avance pas en franchissant des étapes nécessaires selon des lois mécaniques impersonnelles. L’Histoire est ouverte à la liberté humaine par laquelle les êtres humains peuvent accepter ou rejeter l’amour qui leur est offert par Dieu. Il en résulte que l’Histoire se meut entre le mystère, l’unité aimante de Dieu et l’humanité d’une part, et la tragédie d’autre part.
La troisième étude présente la cosmologie orthodoxe comme un moyen d’éviter l’impasse de la conception moderne du cosmos. Ce dernier n’est pas une machine inanimée, mais un organisme vivant. La nature n’est pas opposée aux être vivants ; elle n’est pas un objet impersonnel, mais la grande demeure de l’humanité, le lieu qui abrite la vie. Il en résulte que la relation normale des êtres humains et de la nature est liturgique et doit exprimer et servir l’interpénétration de l’être humain et de la nature. Chaque être humain existe en relation et en dialogue avec les autres êtres ; toute la création vit et agit dans un mode de coexistence et d’interdépendance.
La conclusion à ces trois études est qu’un nouveau mode de vie, une nouvelle priorité des besoins et une nouvelle image du monde sont requis pour apporter des changements substantiels au monde moderne. Seule une société centrée sur la personne et constituant une communauté de personnes sera capable de présenter la liberté comme une alternative au légalisme, la communion comme une libération de l’individualisme et la beauté comme un correctif de l’exploitation du cosmos.
L’édition originale de ce livre est en grec. La traduction française a malheureusement été réalisée (par le P. Michel Evdokimov) à partir de la traduction anglaise, et le texte en subit un certain nombre de distorsions.
Jean-Claude Larchet


