La communion du métropolite roumain Nicolae (Corneanu) dans une église grecque-catholique agite l’Église roumaine et suscite des réactions dans tout le monde orthodoxe
Le 26 mai, le site de l’église grecque-catholique
(uniate) roumaine Greco-Catolica.org diffusait, sous le titre «À Timisoara
un miracle a eu lieu»,
l’information que le métropolite Nicolae Corneanu du Banat (Patriarcat de
Roumanie) avait communié le 25 mai avec le clergé catholique à l'occasion de la
consécration d'une église gréco-catholique à laquelle participait également le
nonce apostolique.
Devant les réactions immédiatement provoquées par
cet évènement, les autorités de l’Église roumaines ont tout d’abord affirmé que les faits n’étaient pas vérifiés, cela en dépit de photographies [photo_1, photo_2, photo_3] publiées par le site
gréco-catholique ayant diffusé l’information. Le Patriarcat a néanmoins publié
le 27 mai un communiqué
dans lequel il informait que la question serait examinée au cours de la
prochaine réunion du Saint-Synode de l’Église roumaine devant se tenir au mois
de juillet, se limitant pour l’heure à noter que «des
actes et des gestes inconsidérés sont plus de nature à compliquer le dialogue
avec l’Église catholique qu’à le faire progresser».
Le 4 juin, le métropolite Nicolae, interviewé par
téléphone pendant une vingtaine de minutes par plusieurs membres l’AZEC
(Association des journalistes et éditeurs roumains) au cours d’une réunion à laquelle participaient plusieurs théologiens dont le P.
Stefan Buchiu, professeur de dogmatique à la faculté de théologie de Bucarest
et Radu Preda de la faculté de théologie de Cluj, reconnaissait les faits et
expliquait son geste par des motifs affectifs et des raisons politiques (on
trouvera ici
le podcast de l’interview, ici
sa transcription, et ici : 1ère et 2ème partie d'une traduction
française partielle).
Sous la pression du clergé et des fidèles de
Roumanie, mais aussi des réactions de l’ensemble du monde orthodoxe, le
Patriarcat de Roumanie a décidé de mettre la question à l’ordre du jour de la
réunion du «Synode permanent» (constitué du patriarche, des métropolites et de
trois évêques: Nifon, Ioan et Sofronie) déjà prévue le 6 juin au monastère de
Neamts à l’occasion de la béatification de plusieurs hésychaste de la région. À
l’issue de cette réunion cependant, aucune décision n’a été prise; l’un des
participants a indiqué que la discussion avait simplement eu pour but de
préparer la réunion plénière du mois de juillet. L’une des raisons en est
qu’aucune décision ne peut être prise sans que l’intéressé ait eu la
possibilité de s’expliquer officiellement devant ses confrères; une autre
raison en est que le «Synode permanent», en raison de sa composition
restreinte, n’est pas habilité à prendre une décision susceptible de
sanctionner un membre du clergé ayant rang de métropolite. La déposition du
métropolite Nicolae a été préconisée officieusement par plusieurs prélats de
l’Église roumaine dont le métropolite de Cluj-Napoca Bartolomeu Anania. Mais
selon des sources autorisées, la décision la plus probable du Saint-Synode
serait de lui demander de se retirer pour raison d’âge ou de santé. Plusieurs
personnalités, dans des courriers adressés Saint-Synode, ont fait remarquer que
l’absence d’une prise de position claire et rapide de sa part ne pouvait
qu’être préjudiciable à l’Église roumaine en laissant se développer et
s’exarcerber les tensions très fortes qui existent plusieurs années entre le
courant progressiste et le courant conservateur, et dont pourrait finalement
tirer profit l’ «Église» dissidente des vieux-calendaristes qui ne cesse
de dénoncer le laxisme de l’Église officielle et les tendances œcuménistes du
patriarche.
Les réactions continuent à être très vives dans le
monde orthodoxe. Le site officiel du Patriarcat de Moscou a informé le 6 juin que le métropolite Cyrille, chef du Département des relations
extérieurs du Patriarcat de Moscou venait de demander à son homologue roumain,
l’évêque Cyprien, d’«apporter des éclaircissements sur l’information selon
laquelle un des principaux hiérarques de l’Église orthodoxe roumaine a communié
avec ceux qui n’appartiennent pas à l’Église orthodoxe», et avait demandé
également au patriarche Daniel et au Saint-Synode de l’Église orthodoxe
roumaine d’exprimer son attitude par rapport à cet événement».
Le métropolite Nicolae Corneanu est né ne 1923 et est depuis
1962 archevêque de Timisoara et métropolite du Banat; il a enseigné dans
plusieurs institutions théologique et est depuis 1992 membre d’honneur de
l’Académie roumaine. Après la chute du régime communiste en Roumanie, les
archives de la Securitate
ont révélé qu’il en avait été, entre 1950 et 1988, un
informateur actif. Le métropolite Nicolae s’était acquis une certaine sympathie
auprès de la population roumaine après s’être confessé publiquement de cette
collaboration, ce que d’autres prélats de l’Église roumaine, qui avaient
également été des collaborateurs de la police secrète, s’étaient refusé à
faire.
Cet événement est survenu alors qu’un autre
événement, qui s’est produit au mois de janvier de cette année, continue à
provoquer des remous au sein de l’Église roumaine: la concélébration, lors de
la fête de la Théophanie,
de la bénédiction des eaux par l’évêque Sofronie d’Oradea avec l’évêque
grec-catholique (uniate) Virgil Bercea d’Oradea.


