Paul Evdokimov, «La vie spirituelle dans la ville», Paris, Éditions du Cerf, 2008, 225 p.
Paul Evdokimov (1901-1970) fut, dans la seconde moitié du siècle dernier, l’un des écrivains orthodoxes francophones les plus prolifiques, et son œuvre fut largement diffusée dans le monde catholique et dans le monde protestant, par rapport auxquels il joua un rôle de «passeur».
À titre de commémoration, les éditions du Cerf, à l’initiative de son fils Michel, reprennent dans ce volume des articles parus dans diverses revues et dans des livres aujourd’hui épuisés. À côté de chapitres qui concernent l’eschatologie, la Bible, «l’adoration liturgique», «l’amour fou de Dieu», l’art et «la dimension eschatologique de l’unité», on retrouvera quatre des thèmes de prédilection d’Evdokimov : le mariage dans sa dimension ecclésiale, eucharistique et sacerdotale, la personne humaine, comme idéal à accomplir, le monachisme intériorisé et le sacerdoce royal des laïcs.
Comme on le remarquera dans le traitement de ces deux derniers thèmes surtout, la pensée d’Evdokimov est marquée par une double influence : celle du P. Serge Boulgakov qui fut son professeur, et celle du protestantisme dans les milieux duquel il évolua professionnellement et familialement une grande partie de sa vie (son amie E. Behr-Sigel aimait à dire de lui qu’il était «le plus protestant des orthodoxes»). Si Evdokimov a le tort de dévaloriser la vie monastique et de relativiser les ordres consacrés, il a en revanche le mérite de rappeler aux laïcs la plénitude du statut que leur confèrent le baptême et la chrismation et de l’idéal qu’ils sont appeler à réaliser dans le cadre de l’Église, de leur vie familiale et de leur existence dans le monde. Dans cette perspective, le titre donné à ce recueil paraît judicieusement choisi.
Jean-Claude Larchet

