La Bible d’Alexandrie, 15.3, Troisième livre des Maccabées. Traduction du texte de la Septante. Introduction et notes de Joseph Mélèze-Modrzejewski, Éditions du Cerf, Paris, 2008, 190 p.
Les éditions du Cerf poursuivent pas à pas la réalisation du grand projet d’édition d’une traduction française annotée de la Bible dans la version dite des Septante, texte de référence dans l’Église orthodoxe. Ce volume est le quinzième de la collection.
Cette traduction française du «Troisième livre des Maccabées» par Joseph Mélèze, Directeur d’études à l’École pratique des hautes études, est la première à paraître après celle du protestant strasbourgeois E. Reuss en 1879 ; reposant sur un texte plus sûr, bénéficiant de plusieurs découvertes papyrologiques récentes, elle gagne en exactitude.
Le «Troisième livre des Maccabées» comme le Premier et le Deuxième est exclu de la Bible juive ; il est également rejeté de la Bible protestante avec l’ensemble des écrits deutérocanoniques ; dans l’Église catholique, il ne figure pas dans la liste des livres bibliques retenus en 1546 par le concile de Trente et est considéré comme apocryphe. Dans l’Église orthodoxe, sa canonicité s’est imposée depuis longtemps sur la base notamment de sa présence dans la liste fournie par le canon 85 des «Constitutions apostoliques» (380), mais a parfois été contestée sous l’influence de la doctrine protestante ; on le trouve en tout cas dans les éditions officielles des Bibles grecques et slaves.
Avec 2 et 4 Maccabées et Sagesse, 3 Maccabées fait partie du petit groupe de livres de la Septante qui ont été écrit directement en grec. On comprend donc que les comparaisons avec le texte hébreu, qui occupent une partie importante des notes des autres volumes de la collection, soient ici absentes et que les annotations du traducteur concernent surtout les problèmes philologiques inhérents au texte grec lui-même. Cette absence est compensée par une longue et savante introduction qui occupe près de cent trente pages tandis que le texte lui-même n’en occupe qu’une quinzaine.
Le contenu du «Troisième livre des Maccabées» est essentiellement historique et consiste dans la relation d’un conflit qui, à la fin du IIIe siècle avant notre ère, a opposé les Juifs d’Égypte au roi Ptolémée IV Philopator, et est ainsi résumé par l’éditeur : «Après une brillante victoire emportée, au printemps 217, sur son voisin Antiochos III à Raphia, dans l’actuelle bande de Gaza, le souhait du roi Philopator de visiter le Temple de Jérusalem est rejeté par les Juifs, qui y voient une tentative de profanation. Le conflit est né et va croître après le retour de Philopator à Alexandrie, prenant les dimensions d’un grand procès politique. Ayant refusé de participer à l’action de grâce en l’honneur de Dionysos, divinité favorite du roi, les Juifs d’Égypte sont déclarés ennemis de l’État; accusés de préparer un complot contre leur souverain, ils doivent subir un effroyable châtiment: amassés avec femmes et enfants sur l’hippodrome d’Alexandrie, ils seront piétinés par un troupeau de cinq cents éléphants enivrés par de l’encens et du vin pur. Par chance, au dernier moment, ils échappent miraculeusement au massacre: une “shoah” est évitée de justesse, grâce à la Providence divine.»
Cette histoire émouvante est porteuse d’un message spirituel: elle témoigne de la fidélité absolue au vrai Dieu de tout une communauté qui préfère subir le martyre collectif jusqu’à l’extermination totale plutôt que d’adorer un dieu étranger.
Jean-Claude Larchet

