(Stichère de Pâques)
Chers frères et sœurs, en ces journées printanières, c'est dans une joie immuable que nous célébrons la plus grande fête de l'Église de Dieu, la résurrection du Christ sauveur. Chaque année, à cette époque, quand une force de vie mystérieuse éveille la nature engourdie, une vie plus lumineuse, plus sainte et plus joyeuse s'éveille également en nous. Aujourd'hui affluent des pensées élevées, apparaissent des sentiments sublimes et notre esprit est envahi par des réflexions spirituelles qui dépassent notre horizon quotidien. Avec le Seigneur ressuscité, nous nous élevons vers une vie plus élevée et plus substantielle. Notre cœur est illuminé par l'éclat triomphant de la vie éternelle qui nous a été offerte par notre Rédempteur et Sauveur ressuscité. De même que dans la Genèse mystérieuse, le Verbe de Dieu a fait naître le monde et insufflé la vie dans le monde, de même la puissance divine a fait ressusciter des morts le Fils de Dieu Jésus Christ. Ce grand évènement est mystérieux comme la création du monde, prodigieux et sublime comme le véritable chant de joie qui a éclaté au dessus de toute la création divine.
Nombre de siècles nous séparent de l'aube claire de Jérusalem où les saintes femmes myrrophores ont vu le tombeau vide. Elles étaient venues afin d'oindre de parfums le corps de leur Maître, I’arroser de leurs larmes et réchauffer la froide plaque tombale avec leur amour, leur fidélité et leur attachement. Elles se trouvaient également à côté de la Croix du Sauveur crucifié à l'heure où tous l'avaient abandonné, à l'exception de Sa Mère et d'un disciple. Même en suivant de loin les derniers moments du plus grand Maître, elles ne l'avaient pas oublié à l'heure de Sa mort. Aussi ont-elles été jugées dignes d'être les premières à témoigner et à répandre la nouvelle de la Résurrection, les premières à exprimer la joie de la vie nouvelle dans le Seigneur ressuscité. Aujourd'hui dans nos oreilles continuent à résonner les douces remontrances que l'ange de Dieu leur adressa, assis sur la pierre tombale. Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, mais il est ressuscité. (Lc 24, 5 6). Ces femmes apeurées ont été les premières, dans ce jardin où se trouvait le tombeau, à connaître un contact joyeux avec le Seigneur ressuscité. Il leur dit de se rendre en Galilée afin d'informer les disciples et leur transmettre la nouvelle joyeuse qu'Il les y rencontrerait (Mc 16, 7).
Chers enfants de Dieu, notre joie pascale d'aujourd'hui découle de cette rencontre avec le Seigneur ressuscité, Qui est ressuscité pour nous et a insufflé la joie de la vie nouvelle parmi tous Ses disciples et tous ceux qui professent Son enseignement divin.
Des siècles nous séparent également du crépuscule d'une journée à Jérusalem où le Seigneur ressuscité est apparu à Ses disciples, Cléophas et un autre. Effrayés, ils se hâtaient de rejoindre Emmaüs, afin de se mettre à l'abri des Israélites. Quoique moins courageux que les saintes femmes myrrophores, ils furent jugés dignes de rencontrer le Seigneur ressuscité. Il leur dissimula Son apparence précédente, de sorte qu'ils ne Le reconnurent pas. Mais après qu'ils eurent discuté de ce qui venait de se passer à Jérusalem et qu'Il eut rompu le pain, Il les quitta ; alors ils se dirent l'un à l'autre que « notre cœur était tout brûlant au dedans de nous » (Lc 24,13 32), quand il leur parlait en chemin.
Ce même feu sacré qui brûlait dans le cœur des deux disciples du Christ allant vers Emmaüs, brûle aussi aujourd'hui en nous lorsque nous célébrons cette fête au dessus des fêtes et que nous connaissons cette rencontre spirituelle avec le vainqueur invisible de la mort. Ce même feu sacré n'a cessé de réchauffer l'Église de Dieu tout au long des siècles de son histoire. Le Sauveur Lui même nous a d'ailleurs dit : « Je suis venu jeter un feu sur la terre » (Lc 12, 49). Ce feu sacré a réchauffé nos ancêtres et éclairé leur existence dans les prisons subies au cours des siècles. Nos ancêtres ont vécu longtemps sans toit, sans foyer, sans liberté, dans une insécurité totale, privés de domicile et de biens, à l'instar des nombreuses personnes qui sont chassées de nos jours de leurs foyers, mais qui ont toujours conservé leur foi dans le Christ ressuscité, foi dans la victoire de la justice et de la vérité, foi dans la résurrection.
De longs siècles nous séparent aussi du premier soir de Pâques, quand le Seigneur ressuscité est apparu pour la première fois à Ses disciples effrayés et désespérés, les saluant avec ces paroles d'encouragement : « Paix à vous ! » (Jn 20, 19)
En un instant, Il leur avait ramené la paix, ressuscité leur foi en Lui et Sa mission divine. Si Lui, le Fils de Dieu, n'était pas ressuscité, l'histoire du christianisme se serait terminée par Ses dernières paroles sur la Croix : « C’est achevé » (Jn 19, 30). Mais Il est ressuscité et au nom de cette vérité Ses disciples ont offert joyeusement leur vie pour Lui. Porteuse de cette grande vérité, Son Église a entrepris une campagne victorieuse à travers le monde, afin de vaincre sans effusion de sang Ses innombrables adversaires armés jusqu'aux dents.
« Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? » (Lc 24, 5), a fait remarquer l'ange de Dieu aux femmes myrrophores penchées sur le saint tombeau. Or elles étaient venues sur Son tombeau, en quête de la vérité et de la vie éternelle. De nos jours, des millions d'hommes appauvris spirituellement et moralement ravagés, éblouis par l'éclat des choses éphémères, vivent dans ce monde comme dans le froid du tombeau. Le monde ne se transforme t il pas en un centre de production et de commercialisation de l'éclat artificiel et de valeurs éphémères ? Ne dit on pas aujourd'hui que, même en l'absence de ciel, l'homme peut circuler paisiblement sur cette terre ? Comme si l'homme contemporain s'était hissé au sommet de sa tour de Babel, pleinement confiant dans son savoir, mais souvent mesquin, égoïste, agressif et plein de mauvais penchants qui menacent sa tour et sa survie. Il est à craindre que notre civilisation se souvienne trop tard des paroles du Christ : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
Notre Sauveur est devenu homme afin de nous élever vers Lui. Il a accepté d'être crucifié sur la Croix afin de racheter les péchés du genre humain. Il est ressuscité des morts afin de nous faire le don de la vie éternelle. Il a fait de la mort un moment particulier de la vie, la vie qui ne s'arrête pas. Lorsque Pilate était en train de juger le Sauveur, il n'avait ni la force spirituelle ni la hauteur d'esprit pour reconnaître en Lui le Fils de Dieu. Cependant, ses yeux ne pouvaient que remarquer la beauté du visage humain du Sauveur supplicié. « Voici l'homme ! » (Jn 19, 5), annonce Pilate devant les accusateurs de Jésus. Il s'efforçait d'exercer une certaine influence sur les consciences endurcies de ceux qui voulaient mettre à mort le Christ. Il croyait que l'éclat humain de Sa personne en ébranlerait peut être quelques uns.
Nous prions le Seigneur ressuscité pour que ressuscite en nous la figure de la nature humaine originelle qui est aujourd'hui si souvent biaisée, masquée et défigurée par des vices innombrables. Nous prions pour que en nous chacun reconnaisse un homme illuminé par Sa vie éternelle, que cet homme soit riche ou pauvre, que sa position sociale soit grande ou petite. Notre époque est confrontée actuellement à une crise matérielle, mais la crise morale est encore plus visible. Nous nous réjouirons si quiconque, en regardant n'importe lequel d'entre nous, est en mesure de dire : « Voici l'homme ! » de sorte que chaque personne, ami ou ennemi, juge ou procureur, puisse reconnaître en chacun de nous un homme authentique et véritable. Frères et sœurs, il nous faut préserver notre dignité d'hommes, que le Fils de Dieu a élevée si haut par Sa résurrection. Gardons la foi dans le Seigneur ressuscité, ainsi que l'amour envers nos proches, la vérité et la justice ; gardons foi dans le bien que les hommes recherchent en dépit de tout, mais qu'on ne peut pas réaliser sans l'aide du Seigneur ressuscité et de Son Évangile.
Prions le Seigneur ressuscité et supplions Le, comme Ses deux disciples en route vers Emmaüs, de rester avec nous ; afin que nous nous réjouissions grâce à Lui, que nous retrouvions des forces auprès de Lui, que nous nous élevions spirituellement et que les eaux troubles de notre temps ne nous rattrapent et ne nous emportent.
En adressant ce message à tous nos frères et sœurs, nous songeons tout particulièrement aux fidèles du Kosovo et de Métochie, ainsi qu'à nos fidèles à travers le monde, sur tous les continents où les orthodoxes serbes et tous les chrétiens orthodoxes célèbrent aujourd'hui la résurrection du Christ. Votre patriarche et tous les évêques de l'Église serbe vous saluent avec la salutation de la joie et de la vie nouvelle.
CHRIST EST RESSUSCITÉ ! EN VÉRITÉ, IL EST RESSUSCITÉ !
À Belgrade, Pâques 2009.
Le patriarche serbe Paul et tous les évêques orthodoxes serbes.

