Lioubov Miller, «Sainte Élisabeth: princesse allemande, martyre russe», traduit du russe par Lydia Ermakoff, Tilda Lovi et Pierre Skorov, préface du P. Boris Bobrinskoy, éditions Temps et Périodes, Paris, 2009, 310 pages.
Nous avions, il y a quelques temps, signalé la parution de l’édition allemande de ce livre. Une traduction française vient d’en être faite à partir de l’édition originale russe, publiée avec soin par les jeunes éditions Temps et périodes, spécialisées en littérature russe contemporaine.
On se réjouit que soit désormais accessible en langue française cette excellente biographie consacrée à une grande sainte et martyre contemporaine dont l’itinéraire et le rayonnement sont exceptionnels.
Élisabeth de Hesse-Darmstadt est née en 1864. Fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la princesse Alice de Grande-Bretagne, elle était la sœur de l'impératrice Alexandra de Russie et la petite-fille de la reine Victoria d'Angleterre. Considérée comme l’une des plus belle femme d’Europe et courtisée un temps par l’empereur Guillaume II, elle épousa, en 1884, son cousin le grand-duc Serge, fils cadet du tsar Alexandre II et frère du tsar Alexandre III. Restée luthérienne après son mariage, elle prit, en 1891, la décision de se convertir à l'Orthodoxie. Après l'assassinat de son époux le 17 février 1905, et restée sans enfant, elle embrassa la vie monastique, et fonda le couvent Saintes-Marthe-et-Marie, dont elle devint la supérieure, et dont les sœurs étaient consacrées au soin des malades et à l’aide aux démunis.
Lors de la Révolution, figurant parmi les personnalités religieuses menacées en priorité par les persécutions communistes, elle refusa les refuges que lui offrirent successivement l'empereur Guillaume II d'Allemagne et le gouvernement provisoire de Russie, préférant rester, coûte que coûte, auprès de ses sœurs dans son couvent.
Arrêtée par les bolcheviks, elle fut déportée à Ekaterinbourg puis à Alapayevsk dans l’Oural, où elle subit avec courage une longue détention, avant d’être exécutée le 18 juillet 1918 dans des conditions atroces : après avoir eu les yeux bandés, elle fut avec ses compagnons (dont son amie, sœur Barbara Yakovleva, qui fut par la suite également canonisée), jetée vivante dans un puits de mine à demi inondé. Leurs victimes ne s’étant pas noyées comme prévu, les bolcheviks tentèrent de les achever en jetant des grenades au fond du puits, puis remplir le puits de brindilles auxquelles ils mirent le feu ; ils abandonnèrent alors leurs victimes à une lente et douloureuse agonie. Quelque temps après, le prêtre du lieu, le Père Séraphim qui avait été le confesseur d’Élisabeth durant sa détention, exhuma les corps, les mit dans dans des cercueils, et traversa avec eux la Sibérie, avant de les mettre à l’abri au-delà de la frontière russe, en Chine. Par la suite, la princesse Victoria, sœur d’Élisabeth fit transférer les reliques de celle-ci à Jérusalem, pour les placer dans l’église orthodoxe Sainte Marie Madeleine, située sur le Mont des Oliviers (à la consécration de laquelle Élisabeth avait assisté), où elle furent désormais vénérées.
La grande duchesse Élisabeth a été canonisée comme nouvelle martyre par l'Église Russe Hors Frontières en 1981 et en 2000 par le Patriarcat de Moscou.
Sa mémoire est célébrée par l’Église orthodoxe le 18 juillet.
Jean-Claude Larchet

