A
l’occasion du 40e anniversaire de la mort du père Georges Florovsky,
un colloque international consacré à l’œuvre de ce grand théologien orthodoxe du
20e siècle s'est tenu les 27-28 novembre 2009 à l'Institut de
théologie orthodoxe Saint-Serge. 19 intervenants venus de France, du
Royaume-Uni, de Serbie, de Grèce, de Slovaquie, de Russie et d’Ukraine y ont
participé devant une assistance de près de 150 personnes et en la présence de
l’évêque Luc (Patriarcat de Serbie, diocèse d’Europe occidentale). En introduisant
le colloque, le P. Nicolas Cernokrak, doyen de l'Institut Saint-Serge, a présenté
la vie et la personnalité du P. Florovsky. Il a notamment souligné que ce
théologien avait joué un rôle majeur dans l’histoire du mouvement œcuménique :
il fut longtemps le porte-parole principal de l’orthodoxie dans le dialogue
théologique avec les autres Églises.
La
première session, intitulée « Georges Florovsky et la pensée religieuse
russe », a donné lieu aux interventions suivantes : P. Jean Roberti (Université
de Rennes) : « Une relecture des Voies
de la théologie russe » ; Anatole Chernyaev (Moscou) :
« Georges Florovsky as Historian of Russian Religious Thought » ;
Nicolas Kazarian (Paris) : « La notion de pseudomorphose chez Oswald Spengler et Georges
Florovsky » ; Brandon Gallaher (Université d’Oxford) : « 'Waiting
for the Barbarians'. Pan-orthodox Identity and Polemicism in Georges Florovsky » ;
Natalia Filipenko (Kiev) : « L'histoire de la philosophie religieuse
russe d'après Georges Florovsky et Basile Zenkovsky: l'exemple de La science de l'homme de Victor I.
Nesmelov ».
Intitulée
« Synthèse néo-patristique », la deuxième session proposait les trois
communications suivantes : Michel Stavrou (Institut Saint-Serge,
Paris) : « Les critères épistémologiques de la synthèse
néo-patristique de Georges Florovsky » ; P. Jean Zozulak (Presov,
Slovaquie) : « Georges Florovsky and the Return to Patristic Theology » ;
Pierre Mikhaïlov (Institut Saint-Tikhon, Moscou) : « La notion de synthèse chez Georges Florovsky ».
La
troisième session, intitulée « Thèmes particuliers dans la pensée
théologique de Georges Florovsky », a donné lieu à divers exposés : Goran
Sekulovski (Institut Saint-Serge, Paris) : « Georges Florovsky et
Louis Bouyer : un dialogue sur le Mal » ; Joost van Rossum
(Institut Saint-Serge, Paris) : « Le Christ et le salut selon
Florovsky » ; P. Boris Bobrinskoy (Institut Saint-Serge,
Paris) : « Christus totus :
la dimension christologique de l'ecclésiologie selon Georges Florovsky »
(communication lue in absentia) ;
Mgr Athanase Jevtic (Bosnie) : « Le problème des 'limites de
l'Eglise' » ; Marcus Plested (Université de Cambridge) : « Georges
Florovsky et l'Occident : Thomas et le thomisme » ; P. Nicolas
Ozoline (Institut Saint-Serge, Paris) : « Y a-t-il des racines
proprement chrétiennes de l’iconoclame byzantin ? Une contribution
décisive de Florovsky » ; Alexis Torrance (Université
d’Oxford) : « Les inédits de Georges Florovsky dans les archives de
l’Université de Princeton » ; Jean-François Colosimo (Institut
Saint-Serge, Paris) : « Georges Florovsky et la pensée
existentialiste contemporaine ».
Intitulée « Rayonnement
de l’œuvre de Georges Florovsky », la quatrième session comprenait deux
exposés : Pantélis Kalaïtzidis (Académie de Volos, Grèce) : « L’hellénisme
chrétien de Georges Florovsky et les théologiens grecs de la génération des
années 60 » ; Serge Horuzhy (Moscou) : « Georges Florovsky
and Russian Religious Thought : his Critique of its Ways, his View of its
Tasks and the Reception of his Work in Present-Day Russia ».
Autour des riches communications, les conférenciers se sont accordés
pour souligner que l'appel du P. Florovsky à un retour à la théologie des
Pères ne doit pas être compris comme une forme de fondamentalisme patristique (selon
lequel les Pères auraient tout dit du dogme chrétien et de façon infaillible)
ni comme une simple répétition de ce que les Pères ont enseigné (d’où
l’expression choisie d’une synthèse « néo-patristique »).
Georges Florovsky possédait un esprit curieux et a gardé toute sa vie une grande
attention aux mouvements théologiques et philosophiques de son temps. Les discussions ont mis en évidence que la pensée théologique de
Florovsky avait subi l'influence de la philosophie religieuse et qu'il était
intéressé par l’œuvre de Vladimir Soloviev bien qu'il critiquât sévèrement sa
sophiologie. La relation entre théologie et philosophie était l’un des thèmes récurrents
de la pensée du P. Florovsky, et aussi de ce colloque. Dès la fin du 19e
siècle ("L'Âge d'argent"), une pensée théologique libre s'était développée
en Russie dans le milieu de l’intelligentsia en réaction contre l'enseignement
scolastique des académies de théologie, ce dernier étant marqué par une « captivité
occidentale » (terme de Florovsky) de la pensée théologique. Dans son
livre Les voies de la théologie russe
(1937), le P. Florovsky a fait l’analyse, souvent sévère, du développement de
la théologie et de la « pensée religieuse » en Russie, en soulignant l’éloignement
de celle-ci hors de la voie de la Tradition ecclésiale des Pères grecs.
Ses
remarques christologiques sur la nature humaine du Christ révèlent une ambiguïté
dénoncée naguère par le P. Jean Meyendorff : d'un côté Florovsky suppose que
le Christ avait assumé une nature humaine immortelle et parfaite – celle d’Adam
avant la chute –, et d’autre part il affirme que le salut fut accompli « sur
le Golgotha, et non pas sur le Thabor ».
En rappelant
qu'il n'existe pas – et qu'il n'a jamais existé – un système théologique
définitif et complet, même pas chez les Pères de l'Eglise, les intervenants du
colloque ont affirmé l'évidente actualité du message prophétique du P. Georges
Florovsky : « En avant vers les Pères ! »
Originaire
d’Odessa, le père Georges Florovsky (1893-1979) n’avait pas reçu de formation
théologique académique. Après des études philosophiques et scientifiques, il
vint enseigner la théologie des Pères à l’Institut Saint-Serge (Paris) créé en
1925, puis après la 2e Guerre mondiale en Amérique à l’Institut
Saint-Vladimir (New York) et aux universités de Harvard et de Princeton.
Un volume devrait réunir prochainement les contributions de ce colloque qui a été réalisé grâce au soutien financier de la paroisse orthodoxe Saint-Sava de Paris et du monastère Saint-Basile d’Ostrog (Monténégro).
Photographie: le père Georges Florovsky (source)

