Père Justin Popovitch, « Les voies de la connaissance de Dieu. Macaire d’Égypte, Isaac le Syrien, Syméon le Nouveau Théologien ». Traduit du serbe par J.-L. Palierne. Préface de Mgr Athanase Jevtitch. Lausanne, éditions L’Âge d’Homme, 1998, 194 pages.
Le père Justin Popovitch (1894-1979), que l’Église serbe vient de canoniser et qui porte désormais le titre de saint Justin de Tchélié, est aujourd’hui largement reconnu dans l’ensemble du monde orthodoxe comme un nouveau Père de l’Église. Son activité de professeur au séminaire de Sremski-Karlovci puis sa relégation de plusieurs décennies, par le régime de Tito, au monastère de Tchélié, lui ont laissé le loisir d’écrire une œuvre monumentale que les éditions L’Âge d’Homme ont déjà partiellement publié.
« Les voies de la connaissance de Dieu » est un recueil d’études édité depuis déjà longtemps en Serbie et en Grèce.
Les deux premières études, qui constituent la plus grande partie du volume, sont parmi les plus anciennes qu’ait écrites le père Justin.
« La personne et la connaissance selon saint Macaire d’Égypte » (p. 9-110) est le texte de la thèse qu’il a soutenue en 1926 à l’Université d’Athènes. Il s’agit en fait d’un exposé de toute la doctrine spirituelle de saint Macaire, traitant successivement de l’intégrité de la personne avant la chute (chapitre 1), de la décomposition de la personne par le péché (chapitre 2), de sa restauration par le Dieu-Homme et par le libre effort ascétique de l’homme coopérant avec la grâce dans la pratique des vertus et recevant finalement de Dieu de Le connaître surnaturellement et d’être divinisé dans l’union à Lui (chapitre 3).
La deuxième étude, écrite peu après, en 1927, traite de « La gnoséologie de saint Isaac le Syrien », c’est-à-dire de sa conception de la connaissance (p. 111-150) d’un point de vue nosologique et thérapeutique. L’auteur examine successivement la maladie des organes de la connaissance (chapitre 1), leur retour à la santé à travers la foi, la prière, l’amour, l’humilité et la purification de l’intellect dans la synergie (collaboration) de la grâce et de la liberté (chapitre 2) et enfin le mystère de la connaissance et de la vision spirituelles (chapitre 3).
La troisième partie du volume consiste en une anthologie, en cent chapitres, intitulée « Centurie ascétique et gnostique », de textes spirituels, publiés ou inédits, du père Justin, où se manifeste son enseignement personnel, fortement ancré d’une part dans l’Écriture et la tradition patristique, et d’autre part dans son expérience intérieure. C’est en vertu d’une analogie avec les Centuries théologiques, gnostiques et pratiques de saint Syméon le Nouveau Théologien que le nom de ce dernier figure, aux côtés de ceux de saint Macaire et de saint Isaac, dans le sous-titre du livre, mais il y a là un abus de l’éditeur car d’une part Syméon n’est pas présent dans le volume, et d’autre part bien d’autres Pères que Syméon ont écrit des « Centuries pratiques et gnostiques ».
Une préface de Mgr Athanase Jevtitch, fils spirituel du Père Justin, apporte d’utiles précisions sur les circonstances et l’esprit de ces écrits et souligne le caractère foncièrement orthodoxe des œuvres de celui que certains historiens modernes appellent le « Pseudo-Macaire » et tentent de faire passer pour messalien.
Les études patrologiques du père Justin, si elles ne répondent pas aux critères scientifiques à l’aune desquels on juge aujourd’hui, dans le monde universitaire, les travaux patristiques, ont l’avantage de restituer avec une grande intelligence, une grande profondeur et aussi beaucoup de chaleur spirituelle la pensée des Pères et d’être écrits dans leur esprit dans leur style mêmes. Elles ne touchent pas seulement la raison du lecteur, mais le nourrissent spirituellement et contribuent à le transformer intérieurement.
Jean-Claude Larchet

