Dans cette interview, l’évêque Photios de Dalmatie évoque la situation et les problèmes actuels de l’Église orthodoxe serbe en Croatie.
" - Lors des travaux de l’assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe, l’attention la plus grande a été consacrée aux diocèses de la diaspora où les problèmes s’intensifient dans la vie et la mission de l’Église. Peut-on parler de persécutions et de pressions sur les orthodoxes en Macédoine, au Monténégro et en Croatie ?
- Les événements des derniers temps disent d’eux-mêmes qu’il s’agit de persécutions. En tant qu’Église nous nous efforçons de vivre selon les lois de l’Évangile que le Seigneur nous a laissées, afin que nous soyons la lumière de ce monde, afin que nous témoignions de la vérité et du Christ Lui-même, indépendamment du diocèse dans lequel nous nous trouvons. En même temps, nous sommes témoins de ce que l’Église, en nombreux lieux, est persécutée sous la forme de pressions. C’est ce que l’on voit après les dernières arrestations en Macédoine [de clercs appartenant à l’Église canonique, ndt], il en est de même au Monténégro, et ce n’est guère mieux en Croatie. Nous ne sommes pas entièrement satisfaits des questions concernant notre statut, la restitution des biens, et aussi de notre liberté. Il existe de bons cadres légaux, mais nous luttons pour qu’ils soient traduits dans les faits en Croatie. C’est le défi qui se dresse devant nous, c’est notre mission dans la lutte pour notre survie sur ces espaces.
- De Croatie arrivent de belles affiches représentant les magnifiques rivages de l’Adriatique et disant aux touristes serbes qu’ils sont bienvenus, mais quelle est l’image de la vie réelle, quotidienne ? Y a-t-il de l’avenir pour l’Église orthodoxe sur ces espaces ?
- En Dalmatie, nous luttons pour conserver notre présence historique, pour que notre peuple garde l’orthodoxie et pour préserver notre séminaire théologique sur l’île de Krk. Nous luttons pour survivre. Il existe un avenir pour l’Église, car nous avons une responsabilité pour cette partie de l’Église qui nous est confiée et pour notre peuple qui vit ici, comme aussi pour les rapatriés. Je voudrais rappeler que, jusqu’à la guerre de 1995, près de 100.000 Serbes vivaient sur le territoire du diocèse de Dalmatie avec 50 prêtres actifs et près de 120 élèves au séminaire des Trois-Hiérarques. Après cette guerre malheureuse, tragique, il n’est pas resté un seul prêtre dans le diocèse de Dalmatie. Le séminaire a été évacué d’abord à Divčibare [en Serbie centrale], puis à Foča [en République serbe de Bosnie] puis est revenu en 2001 dans le diocèse de Dalmatie. La vie ecclésiale était au point mort, il n’y avait plus personne. L’évêque d’alors, Mgr Longin, a dû s’exiler avec le peuple. La majeure partie de notre peuple s’est expatriée des villes côtières de Zadar, Split, Šibenik et de la partie centrale de Dalmatie. C’était la désolation, les maisons serbes, nos églises et les monastères étaient brûlés. Les gens ont commencé à revenir chez eux en 1997 et à faire renaître la vie de ses cendres. Notre séminaire a recommencé à fonctionner, et l’assemblée des évêques a nommé, outre moi-même, l’évêque Gérasime. Nous avons ordonné une dizaine de prêtres, et c’était le signe que nous resterions. Le retour des Serbes a duré jusqu’en 2003, lorsqu’il a cessé pour des raisons économiques. Les gens n’ont plus de quoi vivre, il n’y a pas de travail et cela dure jusqu’à maintenant. Un certain nombre de maisons serbes ont été reconstruites sur le territoire du diocèse de Dalmatie, mais les Serbes n’y vivent pas. Ils attendent des temps meilleurs pour revenir définitivement ou, dans le pire des scénarios, ils vendront ces maisons. Nous avons restauré la plupart de nos églises et monastères, mais nous ne sommes pas satisfaits du nombre des rapatriés.
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- Comment l’Église orthodoxe doit-elle se déterminer devant nouvelles circonstances historiques et sociales qui sont imposées par l’intégration européenne ?
- Nous attendons plus de liberté et les principes démocratiques européens qui devraient être valables pour nous Serbes en Croatie. Nous attendons un redressement économique car, actuellement, il n’y a pas d’investissements, lesquels constituent la condition au retour de nos fidèles. L’Église fait face à une grande responsabilité : continuer à témoigner notre foi et notre expérience orthodoxes devant les hommes avec lesquels nous vivons, comme devant les touristes de l’Union européenne qui viennent souvent depuis ces derniers temps. Ceux qui parmi eux sont bien disposés sont surpris lorsqu’ils voient nos anciens monastères et les moines orthodoxes en Dalmatie. "
Source (dont photographie): Eglise orthodoxe serbe, traduit du serbe pour Orthodoxie.com