Recension: P. Ambroise Fontrier, «Saint Nectaire d’Égine»

Nectaire P. Ambroise Fontrier, «Saint Nectaire d’Égine», L’Age d’Homme, Lausanne, 1993, 160 p.
En ce jour où les fidèles qui suivent l’ancien calendrier célèbrent la mémoire de saint Nectaire d’Égine, il est utile de rappeler l’existence de deux livres en français qui lui ont été consacrés : celui, plus complet et approfondi mais malheureusement épuisé, de Sotos Chondropoulos: «Saint Nectaire d’Égine (1846-1920)», Lavardac, 1982, et celui, toujours disponible aux éditions L’Age d’Homme, du P. Ambroise Fontrier: «Saint Nectaire d’Égine». Publié pour la première fois en 1965 sous forme de polycopié, ce dernier ouvrage contribua grandement à faire connaître en France ce grand saint qui y était alors à peu près inconnu. Il comporte tout d’abord, en une centaines de pages, un exposé très vivant de la vie de saint Nectaire, précédé par l’excellent prologue de la «Vie des saints» du père Justin Popovitch et suivi de son épilogue. Figurent en appendices le texte d’une étude de saint Nectaire sur l’Église et son «Hymne à l’amour divin». 

Anastase Kephalas, le futur saint Nectaire, naquit le 1er octobre 1846, à Sélybrie, en Thrace. Il montra dès son enfance une grande piété et un goût profond pour l’étude. Après avoir reçu l’enseignement élémentaire dans sa patrie, il fut envoyé par ses parents à Constantinople afin d’y compléter son éducation, tout en travaillant comme employé dans un magasin. À l’âge de vingt ans, il quitta Constantinople pour devenir instituteur dans l’île de Chio. Répondant à une ancienne vocation, il devint moine sous le nom de Lazare, le 7 novembre 1876, dans le célèbre monastère de Néa-Moni, et fut ordonné diacre un an après. Grâce à la générosité d’un pieux habitant de l’île, puis à la protection du patriarche d’Alexandrie, Sophrone, il put continuer ses études à Athènes et obtenir le diplôme de la faculté de théologie.  En 1885, il gagna Alexandrie, où il fut bientôt ordonné prêtre, puis consacré évêque de la Pentapole (ancien diocèse correspondant à la Libye supérieure). Prédicateur et secrétaire patriarcal, il fut affecté à l’église Saint-Nicolas au Caire, en tant que représentant du patriarche. Certains membres du patriarcat, jaloux de ses succès pastoraux auprès de la population locale, le calomnièrent, en disant qu’il cherchait à s’attirer les faveurs du peuple dans le but de s’emparer du trône patriarcal d’Alexandrie. Il fut alors destitué et exilé. Il se rendit à Athènes, où il se retrouva seul, ignoré, méprisé, et manquant même du pain quotidien, car il distribuait aux pauvres ses maigres ressources. Il assuma la charge de prédicateur pendant quelques années (1891-1894), puis fut nommé à Athènes directeur de l’école ecclésiastique Rizarios, établissement destiné à la formation des futurs prêtres. Ses qualités lui permirent de donner rapidement à cette institution une haute qualité intellectuelle et morale.
Soucieux de se retirer du monde et profitant du désir exprimé par plusieurs de ses filles spirituelles, il fonda (entre 1904 et 1907) un monastère féminin dans l’île d’Égine, où il s’installa en 1908, après avoir démissionné de la direction de l’école ecclésiastique. Bien qu’il eût fui tout contact avec le monde, la réputation de ses vertus et des charismes qu’il avait reçus de l’Esprit Saint se répandit dans la région puis dans toute la Grèce, et de nombreux fidèles venaient vers lui, qu’il consolait, encourageait et conseillait. Il guérit beaucoup de personnes des maladies et des infirmités qui les affligeaient, et fit venir la pluie sur l’île qui souffrait de la sécheresse. Familier des saints et de la Mère de Dieu, il en eut de nombreuses apparitions pendant la divine liturgie ou alors qu’il était en prière dans sa cellule. Bien que très occupé par le soin spirituel de ses moniales et de ses visiteurs, saint Nectaire trouva le temps de rédiger un grand nombre d’ouvrages de théologie et de spiritualité fortement inspirés par la tradition des Pères. Il eut malheureusement de nouveau à souffrir de calomnies et d’injustes accusations sur son monastère, de la part de certains membres de la hiérarchie. Il supporta ces dernières épreuves avec la même patience et la même douceur que les précédentes. C’est alors qu’il fut atteint d’une douloureuse maladie qu’il endura avec patience et courage pendant plus d’un an et demi, avant de s’endormir dans la paix du Christ, le 8 novembre 1920. Depuis sa dormition, les miracles n’ont cessé d’abonder pour ceux qui ont approché avec foi ses reliques ou qui se sont confiés à sa puissante intercession. Son tombeau, à Égine, est devenu l’un des pèlerinages les plus fréquentés de Grèce.

Jean-Claude Larchet