Le 30 janvier dernier s’est tenu à Beyrouth, dans les locaux de l’Académie libanaise des Beaux-arts, une rencontre autour de la vie et de la personnalité d’Élisabeth Behr-Sigel, théologienne orthodoxe du XX° siècle. Organisée, sous l’égide de l’université de théologie de Balamand par Amal Dibo, professeur d’histoire des civilisations à l’AUB, et avec la bénédiction du métropolite Georges Khodr, ce rassemblement a débuté par l’intervention du professeur Georges Nahas, doyen de l’université de Balamand.
Le professeur Nahas a rappelé l’impact de la personnalité d’Élisabeth Behr-Sigel dans le renouveau contemporain du monde orthodoxe et souhaité que cette rencontre soit la première d’une série consacrée aux grandes figures orthodoxes du vingtième siècle, tel Olivier Clément, Mgr Antoine Bloom ainsi que des penseurs antiochiens.
Olga Lossky, auteur du livre Vers le Jour sans déclin, une vie d’Élisabeth Behr-Sigel (1) a ensuite pris la parole pour souligner l’un des traits fondamentaux de la pensée d’Élisabeth, à savoir une fidélité créative à la Tradition de l’Église. Ayant, du fait de son histoire – au confluent des différentes confessions chrétiennes – et de son esprit d’ouverture, intégré le ferment de la Tradition de l’Église, Élisabeth s’est ensuite efforcée d’en transmettre les aspects recevables par l’ensemble des confessions chrétiennes. Sa réflexion incessante sur la manière de vivre le message évangélique ici et maintenant l’a poussée à mener différents chantiers théologiques, ancrant sa recherche dans le terreau de l’Église indivise en vue de puiser dans la Tradition une réponse parlante pour tous. Elle a notamment revivifié la conception originelle du laïc où chaque membre de la communauté ecclésiale est appelé à épanouir son charisme au sein de sa paroisse. Attentive aux signes des temps, la théologienne s’est engagée de façon active pour faire advenir dans son pays une orthodoxie de tradition locale, de même qu’elle a mené de nombreuses actions sociales en collaboration avec les autres confessions. Élisabeth Behr-Sigel appelle ainsi par son exemple à devenir, par le dialogue, un pont entre les chrétiens divisés, entre clergé et laïcs, entre hommes et femmes… , et à témoigner ainsi tous ensemble du visage du Christ ressuscité.
Raymond Rizk, membre actif du MJO, a, par la suite, brossé un tableau vivant de la théologienne, évoquant les aspects marquants de sa personnalité alliant un esprit de rigueur occidental à une grande profondeur spirituelle. « Élisabeth était la grand-mère de l’orthodoxie, mais elle se comportait comme sa jeune fiancée. » a-t-il conclu.
La coordinatrice de la soirée, Amal Dibo, a clôturé la rencontre en développant ce que peut être – à l’image de l’action d’Élisabeth – une collaboration ecclésiale mettant en jeu les talents de tous. Discerner les signes du temps signifie peut-être aujourd’hui relever le défi de cette coordination en Église pour dépasser nos clivages et se mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit.
Photographie: autour d'Amal Dibo (assise), à droite Olga Lossky, à gauche Jean-Jacques Laham (source)